L'hiver, il quitte pour elle le monde, où il s'ennuie. Tous ses projets sont faits; ils ne se sépareront pas, elle lui fermera les yeux. Les vers du poète seront à demi oubliés. C'est lui qui le dit, et il ajoute:
Oh! si par bonheur doit survivre
Un humble poème de moi,
Qu'il soit donc choisi dans ce livre
Que j'ai, mignonne, écrit pour toi.
Ce n'est là ni le pompeux orgueil avec lequel Ronsard annonçait sa gloire posthume à l'ingrate Cassandre, ni la bonhomie grivoise de Béranger, disant à Lisette:
Vous vieillirez, ô ma belle maîtresse!
C'est un sentiment nouveau, plus simple, plus délicat, plus affectueux.
Cet amour d'arrière-saison se résume à peu près à ce que je viens de dire. C'est assez pour qu'il soit charmant. Quand le poète compare les désirs d'automne à un dernier vol d'hirondelles, on se dit: «C'est cela!» et on est saisi de je ne sais quel attendrissement tranquille et doux. C'est du vrai Coppée, et du meilleur.
Je ne parle aujourd'hui que pour ceux qui aiment les vers, moins encore pour ceux qui les aiment beaucoup que pour ceux qui les aiment bien. Je promets à ceux-là un plaisir digne d'eux s'ils lisent la Lampe d'argile, de M. Frédéric Plessis. J'entends, par aimer bien les vers, en aimer peu, n'en aimer que d'exquis et sentir ce qu'ils contiennent d'âme et de destinée; car les plus belles formes ne valent que par l'esprit qui les anime. Que ceux que aiment ainsi les vers lisent le livre de M. Frédéric Plessis. Ils y embrasseront la plus heureuse partie d'une vie, la fleur de quinze années d'études, de rêves et d'amour.
L'auteur, aujourd'hui maître de conférences dans une de nos facultés, s'est révélé poète à dix-sept ans. Il sortait d'une vieille petite ville bretonne où il avait été élevé avec une tendresse grave, quand il parut, presque enfant encore, dans le cercle des poètes parnassiens, chez l'éditeur Alphonse Lemerre. Il était notre cadet. Mais, laborieux et rêveur, il montrait déjà ce doux entêtement et cet idéalisme sincère qui caractérisent sa race et constituent le fond même de sa nature. À vrai dire, comme M. Renan, il n'est qu'à demi Breton, et compte par sa mère des ancêtres provençaux. «C'est pourquoi, a-t-il dit lui-même,
Né parmi les barbares du Nord,
Sous leur ciel gris hanté par le dieu de la mort,
J'aime de tant d'amour la vie et la lumière!
Et je retiens en moi, d'une souche première,
Une sève inconnue aux lieux où j'ai grandi,
La sève qui fermente au soleil du Midi.
Je suis resté ton fils, ô province romaine,
Et le vieux sang latin bleuit encor ma veine.
Il est permis de croire que c'est grâce à cette double origine qu'il unit, selon une expression qui lui appartient et que je veux lui appliquer,