Mais la bonne Marie-Louise ne songeait pas à sauter, par la fenêtre. Elle était trop bien élevée pour cela. Pendant ce temps, elle jouait paisiblement de la guitare. C'est elle-même qui nous l'apprend:

Cette vie tranquille me réussit très bien. Vous savez, ma chère Victoire, que je n'ai jamais aimé le grand monde. Et je le hais à présent plus que jamais. Je suis heureuse dans mon petit coin, voyant beaucoup mon fils, qui embellit journellement et devient de plus en plus aimable… Ma santé est très bonne… On a bien tort de vous dire que je néglige la musique, j'en fais encore souvent. Je commence même à jouer de la guitare, il est vrai très mal. (Schoenbrunn, 3 mars 1815.)

Le retour de l'île d'Elbe l'inquiéta. Et il ne fallut pas moins que Waterloo et Sainte-Hélène pour la rassurer. Elle avait assez bien conduit ses petites affaires et pourvu à sa tranquillité: elle s'était fait attribuer le duché de Parme, à la condition de ne plus revoir son fils. Là, pendant la longue agonie de l'empereur, cette tendre et vertueuse Allemande donnait des petits frères germaniques au roi de Rome. Son nouveau maître était un gentilhomme wurtembergeois au service de l'Autriche. Homme sûr: elle le tenait de M. de Metternich. Il avait quarante ans passés, était blond et portait un large bandeau noir sur un oeil qu'il avait perdu. Le comte Neipperg donna trois enfants à la bonne Marie-Louise, dont il administrait le duché. Mais Marie-Louise était pieuse. Elle s'empressa de consacrer, dès qu'elle le put, cette union, par un mariage religieux et secret. Si elle remit jusqu'en 1821, c'est la faute de Napoléon, qui tardait à mourir.

Il mourut pourtant. Marie-Louise l'apprit par une gazette, et cette
nouvelle, dont le monde entier s'émut, contraria la duchesse de Parme.
Elle écrivit, à la date du 19 juillet 1821, à la comtesse de
Crenneville:

Je suis à présent dans une grande incertitude. La Gazette de Piémont a annoncé d'une manière si positive la mort de Napoléon, qu'il n'est presque plus possible d'en douter. J'avoue que j'en ai été extrêmement frappée. Quoique je n'aie jamais eu de sentiment vif d'aucun genre pour lui, je ne puis oublier qu'il est le père de mon fils, et que, loin de me maltraiter comme tout le monde le croit, il m'a toujours témoigné tous les égards, seule chose que l'on puisse désirer dans un mariage politique. J'en ai donc été très affligée, et, quoiqu'on doive être heureux qu'il ait fini son existence malheureuse d'une manière chrétienne, je lui aurais cependant désiré encore des années de bonheur et de vie,—pourvu que ce fût loin de moi.

Elle ajoute que son estomac s'est tellement remis qu'elle peut manger de tout, «même du melon», et qu'ayant été piquée par les cousins au visage, elle est contente de ne pas devoir se montrer.

Enfin elle pouvait épouser le comte de Neipperg.

Veuve d'Hector; hélas! et femme d'Hélénus!

Neipperg eut le tort de mourir à son tour; il fut remplacé par M. de
Bombelles.

Elle-même enfin quitta cette terre où elle n'avait cherché que son repos. On fut surpris d'apprendre, en décembre 1847, la fin de Marie-Louise, qu'on croyait morte depuis longtemps.