Ces pages, d'un rythme puissant et d'une pensée profonde, portent cette dédicace: Mariæ sacrum. Il est permis de reconnaître sur cette inscription votive le nom de la compagne du poète et du savant, car ce nom appartient à la poésie et à l'art.
Mary Robinson, aujourd'hui madame Darmesteter, est un poète anglais d'une exquise délicatesse; ses mains gracieuses savent assembler des images, grandes et vivantes qui nous enveloppent et ne nous quittent plus.
Et ce poète est aussi un historien. Mary Robinson a dit: «Les sirènes aiment la mer et moi j'aime le passé». Elle aime le passé et elle écrit en ce moment une histoire des républiques italiennes.
C'est dans l'intimité de ce charmant et noble esprit que M. James Darmesteter poursuit ses travaux, prépare ses cours et publie les monuments et les souvenirs qu'il a rapportés de l'Inde.
CONTES ET CHANSONS POPULAIRES[8]
JEAN-FRANÇOIS BLADÉ
I
Je ne pensais pas retourner sitôt, même en esprit dans cette aimable ville d'Agen, où, le mois dernier, grâce aux félibres, je reçus un si bon accueil, et que je crois voir encore couchée au pied de sa colline, sans magnificence, mais non sans grâce, avec sa tour romaine, ses rues à arcades, son fleuve aux grandes eaux argentées et ses filles du peuple, qui, coiffées d'un bandeau clair, portent tranquillement leur beauté comme un héritage antique.
J'avais dit à la petite Vénus du musée, si gracile et si fine, un adieu que je croyais long pour ne pas dire éternel. Et voici que déjà elle me fait signe et me rappelle dans le tiède et doux Agenais. Elle me dit: «Reviens en imagination sur les bords de ma Garonne et lis les contes et les poésies de Gascogne recueillis par Jean-François Bladé. Ne t'y trompe pas: Bladé est un savant, mais il a le goût, il a la grâce, le charme. Ses livres sont de doctes livres; pourtant j'y ai laissé traîner un bout de ma ceinture; tu t'en apercevras au parfum.»
Et la petite Vénus agenaise ne m'a pas trompé. M. Bladé a recueilli les contes et les chansons de la Gascogne, et ce ne fut pas seulement de sa part une oeuvre d'érudit; il y a mis avec de la méthode et du savoir, quelque chose d'infiniment précieux: l'amour et cette grâce, cette vénusté qui place son livre sous le vocable de la petite déesse que nous admirions tant, Paul Arène et moi, parmi les pierres gallo-romaines du musée d'Agen. Le prix de ces travaux, j'espère vous le faire sentir. J'en veux parler sans hâte et tranquillement, et si je n'ai pas tout dit aujourd'hui, j'y reviendrai la prochaine fois: ces heures d'automne sont les plus douces de l'année et l'on y peut causer à loisir dans le calme des soirées grandissantes.