—Mon Dieu! ayez pitié de moi! Relevez ma charrette. Ayez pitié de moi!
—Bon Dieu, dit saint Pierre; n'aurez-vous pas pitié de ce pauvre homme?
—Non, saint Pierre. Marchons. Celui qui ne s'aide pas ne mérite pas d'être aidé.
«Un peu plus loin, ils rencontrèrent une autre charrette de foin versée. Le bouvier faisait son possible pour la remettre sur ses roues et criait: «À l'ouvrage, f…! Ha! Mascaret, ha! Mulet! (c'étaient les noms de ses boeufs). Ho! Hardi! mille dieux!
—Bon Dieu, passons vite, dit saint Pierre. Ce bouvier jure comme un païen; il ne mérite aucune pitié.»
»Mais le bon Dieu lui répondit:
—Tais-toi, saint Pierre. Celui qui s'aide mérite d'être aidé.
»Il mit pied à terre et tira le bouvier d'embarras.»
M. Bladé a réuni séparément, sous le titre de Traditions gréco-latines, quatre contes dont le sujet se retrouve, en effet, dans les mythes des deux antiquités. Il n'a peut-être pas eu beaucoup raison de faire cette réunion, car il semble indiquer de la sorte que ces contes viennent du latin ou du grec, ce qui n'est ni prouvé ni probable.
Le premier de ces récits est une des nombreuses variantes de la fable de Psyché. Comme l'épouse d'Éros, la reine du conte laisse tomber une goutte de cire brûlante sur celui qu'elle aime et qu'elle perd pour avoir voulu le connaître. Et c'est là un des plus beaux symboles que l'imagination humaine ait jamais créés. Un autre conte nous montre le sphinx ou, pour mieux dire, la sphinx (car c'était une vierge) guettant les voyageurs dans un défilé des Pyrénées. Le goût des devinettes est très vif chez les paysans et particulièrement en Gascogne, et la sphinx pyrénéenne trouva bientôt son Oedipe: c'était un jeune villageois. L'évêque d'Auch lui enseigna comment il fallait s'y prendre pour la tuer. Monseigneur a causé la mort de la vierge ailée. Aussi bien c'était une bête cruelle. Morte, on l'enterra sans prier Dieu, «parce que, dit le conte, les bêtes n'ont pas d'âme». Est-il possible que ce soit un de ces contes où les bêtes parlent qui dise cela? Le plus beau morceau de cette série gréco-latine est intitulé le Retour du seigneur. Pendant que le seigneur est en terre sainte, trois frères, forts comme des taureaux, se sont faits maîtres chez lui sans que sa femme et son fils aient trouvé un parent, un ami pour les défendre. C'est l'histoire d'Ulysse de Pénélope et des prétendants.