Ce petit Pater a été condamné par l'Église comme entaché de superstition et d'idolâtrie. Il ne m'appartient pas de le défendre au point de vue de l'orthodoxie. Mais j'en aime la douce poésie, le candide mystère et, si j'ose dire, l'obscurité blanche. Il me semble qu'un mysticisme hétérodoxe autant que sincère n'a rien inspiré de plus aimable au symboliste fervent, au jeune mage, à l'auteur des Lis noirs, M. Albert Jhouney.
Je ne puis me défendre de suivre un moment encore cette veine mystique, et il faut que je cite une Complainte de Marie-Madeleine, la perle de ce bijou de village, de ce saint-Esprit, dont M. Bladé a monté les pierres, comme un bon joaillier.
—Marie-Madeleine,
Pécheresse de Dieu,
Pourquoi avez-vous péché?
—Jésus, mon Dieu Jésus,
Je ne me connais aucun péché.
—Marie-Madeleine,
Sept ans dans les montagnes
Vous irez demeurer…
Au bout de sept années,
Elle se retira.
Marie-Madeleine
S'en va dans les montagnes.
Sept ans elle y a demeuré.
Au bout de sept années,
Proche d'un ruisseau elle s'en va.
Marie-Madeleine,
Les mains au courant de l'eau,
Les mains s'en va se laver.
Quand elle se les a lavées,
Elle les admire.
—Marie-Madeleine,
Sept ans dans les montagnes
Vous reviendrez demeurer.
—Jésus, mon Dieu Jésus.
Tant que vous voudrez.
Marie-Madeleine,
Au bout de sept années,
Jésus l'alla trouver:
—Marie-Madeleine,
Au ciel il faut aller.
Il y aurait beaucoup à dire sur cette belle adorante qui lave ses mains blanches dans les ruisseaux des saintes solitudes. On la retrouve en Provence, en Catalogne, en Italie, en Angleterre, en Danemark, en Suède, en Norvège, en Allemagne et chez les Tchèques. Je reçois en ce moment même un savant et élégant travail de M. George Doncieux sur le cycle de Marie-Madeleine[9] et j'apprends que ce travail n'est qu'un chapitre d'un ouvrage inédit, que nous aurons plaisir à lire et à étudier. Il faut prendre congé de M. Jean-François Bladé et nous confier à un nouveau guide, M. Albert Meyrac, qui nous attend à l'autre bout de la France, dans les sombres Ardennes.