Vous êtes dur pour lui, mais il le mérite.

LE CRITIQUE, qui n'a rien entendu et gui feuillette depuis quelque temps le petit volume jaune.

Messieurs, écoutez cette page. (Il lit.)

Le sous-chef de service leva sa lanterne, pour que le mécanicien demandât la voie. Il y eut deux coups de sifflet, et, là-bas, près du poste de l'aiguilleur, le feu rouge s'effaça, fut remplacé par un feu blanc. Debout à la porte du fourgon, le conducteur-chef attendait l'ordre du départ, qu'il transmit. Le mécanicien siffla encore, longuement, ouvrit son régulateur, démarrant la machine. On partait. D'abord, le mouvement fut insensible, puis le train roula. Il fila sous le pont de l'Europe, s'enfonça vers le tunnel des Batignolles.

Est-il didactisme plus simple et cette page ne vous semble-t-elle pas tirée d'un de ces bons volumes de la Bibliothèque des merveilles, fondée par le regretté Charton? Soyons juste, on ne peut pousser plus loin la platitude et l'innocence. Comme nous le disions tout à l'heure, M. Zola nous a donné là un roman pour les écoles. Et par une aberration prodigieuse, par une sorte de folie, il a mêlé ces scènes enfantines à une histoire de luxure et de crime. On y voit un vieillard infâme, souillant des petites filles, un empoisonneur impuni, une jeune femme scélérate, horriblement douce, et un monstre qui, associant dans son cerveau malade l'idée du meurtre à celle de la volupté, ne peut s'empêcher d'égorger les femmes qu'il aime. Et ce qu'il y a de plus épouvantable, c'est le calme de ces êtres qui portent paisiblement leurs crimes, comme un pommier ses fruits. Je ne dis pas que cela soit faux. Je crois, au contraire, que certains hommes sont criminels avec naturel et simplicité, ingénument, dans une sorte de candeur; mais la juxtaposition de ces deux romans est quelque chose de bizarre.

L'HOMME DU MONDE.

L'homme qui tue les femmes, cela existe. J'ai connu un jeune Anglais chauve et très correct, qui regrettait qu'il n'y eût pas à Paris des maisons où…

LE PHILOSOPHE.

Certainement cela existe… tout existe. Mais le mécanicien sadique de M. Zola s'analyse beaucoup trop. Il se sent emporté, dit M. Zola, «par l'hérédité de violence, par le besoin de meurtre qui, dans les forêts premières, jetait la bête sur la bête». Il se demande si ses désirs monstrueux ne viennent pas «du mal que les femmes ont fait à sa race, de la rancune amassée de mâle en mâle, depuis la première tromperie au fond des cavernes». Il semble qu'il ait étudié l'anthropologie et l'archéologie préhistorique, lu Darwin, Maudsley, Lombroso, Henri Joly, et suivi les derniers congrès des criminalistes. On voit trop que M. Zola a pensé pour lui.

LE MAÎTRE DE LA MAISON.