M. Meusy parle aussi l'argot parisien; mais ses personnages sont moins séparés de la société que ceux de M. Bruant. Ils font de la politique. L'un deux dit avec sagesse:
N'écout' pas ces bons apôtres
Qui veul'nt reviser la loi;
Puisque c'est pour en fair' d'autre…
On s'demand' pourquoi.
Un autre personnage de M. Meusy procède au classement des partis:
Y a l'parti d'monsieur Joffrin,
Y sont un;
Y a l'parti des anarchis',
Y sont dix;
Y a l'parti de l'Intransigeant,
Y sont cent;
Y a l'parti de Reinach Joseph,
Y sont b'sef;
Y a l'parti d'ceux qui n'en ont pas,
Et y sont des tas.
J'estime la muse de Victor Meusy, mais j'avoue mon faible pour celle de Léon Xanrof. M. Léon Xanrof a composé la Ballade du vitriolé et je lui en sais un gré infini. C'est un ouvrage plein de philosophie où l'on admire en même temps l'enchaînement des crimes et la fatalité que rien n'élude. Jamais poème ne fournit plus ample matière à la méditation. Je vous en fais juges:
C'était sur le boulevard
Il commençait à fair' tard
Arrive un' femm' qu'avait l'air
Tragiqu' comme mam'zelle Weber.
Elle allait dissimulant
Un litr' dans du papier blanc,
Et r'gardait les boudinés
D'un air féroce sous l'nez.
Soudain ell' s'écri': «C'est lui,
Le séducteur qui m'a fui!»
En mêm' temps elle arrosa
Trois messieurs, très vexés d'ça.
Et le poète déroule son drame lyrique que domine la Nécessité, souveraine des hommes et des dieux:
Deux ayant été r'connus
Par la dam' comme inconnus,
Fur'nt relâchés illico.