Les ingénues de nos chansons vont «seulettes» à la fontaine; elles y font des rencontres hasardeuses, et parfois elles en reviennent tout en larmes. Le bonhomme Greuze, qui, venu de bonne heure de Tournus à Paris, y resta toujours d'humeur paysanne, devait, en esquissant la Cruche cassée, fredonner quelque chanson du pays, quelque couplet revenant à celui-ci:

Ne pleurez pas, ma belle;
Ah! je vous le rendrai.

—Ce n'est pas chos' qui se rende
Comm' cent écus prêtés.

La chanson populaire exprime avec une fine naïveté l'entêtement du premier amour chez les jeunes filles. Je n'en veux pour exemple que ces jolis couplets, bien connus, dont j'emprunte le texte à la revue de MM. Émile Blémont et Henry Carnoy:

Oh! que l'amour est charmante!
Moi, si ma tante le veut bien,
J'y suis bien consentante;
Mais si ma tante ne veut pas,
Dans un couvent j'y entre.

Ah! que l'amour est charmante!
Mais si ma tante ne veut pas,
Dans un couvent j'y entre:
J'y prierai Dieu pour mes parents,
Mais non pas pour ma tante.

Le meunier, dans nos petits poèmes, est volontiers un homme à bonnes fortunes, un peu faraud, beau marjolin et faisant grande fricassée de coeurs. Tel il apparaît dans la chanson de mademoiselle Marianne, connue dans toutes les provinces de France. Marianne allait sur son âne au moulin, y faire moudre son grain. Un jour, le galant meunier lui dit: «Attachez là votre âne, ma petite demoiselle», et il la fait entrer au moulin:

Pendant que le moulin tournait,
Avec le meunier ell' riait.
Le loup mangea son âne,
Pauvre mam'zell' Marianne,
Le loup mangea son âne Martin,
À la port' du moulin.

Le meunier, qui la voit pleurer,
Ne peut s'empêcher d'lui donner
De quoi ravoir un âne,
Ma petit' mam'zell' Marianne,
De quoi ravoir un âne Martin
Pour aller au moulin.

Son père, qui la voit venir,
Ne peut s'empêcher de lui dire:
Ce n'est pas là notre âne,
Ma petit' mam'zelle Marianne,
Ce n'est pas là notre âne Martin.
Qui allait au moulin.