Adieu, ma mie, je m'en vas,
Adieu, ma mie, je m'en vas,
Je m'en vas faire un tour à Nantes,
Puisque le roi me le commande.
Le soldat de l'ancien régime avait du coq le plumage ainsi que le ramage. Il était magnifiquement vêtu, aux frais de son capitaine. Sous Louis XV, pommadé, frisé, poudré, portant la queue à cadenette, coiffé du chapeau à trois cornes où brillait la cocarde blanche, vêtu de l'habit à parement et à retroussis de vives couleurs et galonné sur les poches et les coutures, le ruban à l'épaule, il jetait un merveilleux éclat sur son passage et troublait les coeurs des servantes d'auberge et des filles de cabaret. Aujourd'hui encore, son chapeau, son habit, sa culotte et ses guêtres échappés aux mites et aux rats font l'émerveillement de tous ceux qui visitent l'exposition du ministère de la guerre sur l'esplanade des Invalides. Il portait fièrement les couleurs de son régiment, la livrée bleue du roi, les livrées rouges ou vertes de la reine, du dauphin, et des princes, la livrée grise des maréchaux et des seigneurs. Il était beau, et il le savait. Les jolies filles le lui disaient. Il avait changé de nom en changeant de métier; il ne s'appelait plus Jean, Pierre ou Colin; il s'appelait mirifiquement Sans-Quartier, la Violette, Sans-Souci, Tranche-Montagne, Belle-Rose, Brin-d'Amour, Tour-d'Amour, la Tulipe, ou de quelque autre enfin de, ces surnoms qui plaisaient à La Fontaine, car le bonhomme, étant très vieux, a dit dans une ballade:
J'aime les sobriquets qu'un corps de garde impose;
Ils conviennent toujours…
Une fois soldat du roi, la Violette ne songe plus à sa belle; la Tulipe a oublié sa promise. Elle lui avait dit:
Dedans l'Hollande si tu vas,
Un corselet m'apporteras;
Un corselet à l'allemande
Que ta maîtresse te demande.
Hélas! son corselet, la belle l'attend encore:
Dedans l'Hollande il est allé,
Au corselet n'a pas songé,
Il n'a songé qu'à la débauche,
Au cabaret, comme les autres.
Pourtant, il se ressouvient avec quelques, regrets:
Ah! si j'avais du papier blanc,
Dit-il un jour en soupirant,
J'en écrirais à ma maîtresse
Une lettre de compliments.
Pas de rivière sans poissons,
Pas de montagne sans vallons,
Pas de printemps sans violettes
Ni pas d'amant sans maîtresse.