Il arrive que, si la Tulipe tarde trop à donner de ses nouvelles, sa bonne amie va chercher l'ingrat jusqu'en pays ennemi. Parfois, elle est fort mal reçue, témoin la chanson du pays messin, recueillie par M. de Puymaigre:

Quand la bell' fut en Prusse,
Elle vit son amant
Qui faisait l'exercice
Tout au milieu du rang.

—Si j'avais su, la belle,
Que tu m'aurais trouvé,
J'aurais passé la mer,
La mer j'aurais passé.

Plus hardie, mieux avisée, la fille qui s'habilla en dragon, la cocarde au chapeau. La muse populaire a beaucoup de goût pour les filles déguisées en militaires. C'est un travestissement qu'on voit souvent dans les opérettes; mais la chanson y met plus de romanesque et de fantaisie. M. Henry Carnoy a retrouvé une bien jolie variante de ce thème connu.

Mon pèr' me dit toujours:
Marie-toi, ma fille!
Non, non, mon père, je ne veux plus aimer,
Car mon amant est à l'armée.

Elle s'est habillée
En brave militaire.
Ell' fit couper, friser ses blonds cheveux
À la façon d'son amoureux.

Elle s'en fut loger
Dans une hôtellerie
—Bonjour, hôtess', pourriez-vous me loger?
J'ai de l'argent pour vous payer.

—Entrez, entrez, monsieur,
Nous en logeons bien d'autres.
Montez en haut: en voici l'escalier;
L'on va vous servir à dîner.

Dans sa chambre, la belle se met à chanter. Son amant, logé à la même auberge, l'entend et reconnaît la voix de son amie. Il demande à l'hôtesse: Qui donc chante ainsi? On lui répond que c'est un soldat. Il l'invite à souper:

Quand il la vit venir,
Met du vin dans son verre:
—À ta santé, l'objet de mes amours!
À ta santé, c'est pour toujours!