—Il est couleur de dragon.
Après avoir entendu ces témoignages, les Anciens demeurèrent incertains sur ce qu'il y avait à faire. Les uns proposaient d'épier le dragon, de le surprendre et de l'accabler d'une multitude de flèches. D'autres, considérant qu'il était vain de s'opposer par la force à un monstre si puissant, conseillaient de l'apaiser par des offrandes.
—Payons-lui le tribut, dit l'un d'eux qui passait pour sage. Nous pourrons nous le rendre propice en lui faisant des présents agréables, des fruits, du vin, des agneaux, une jeune vierge.
D'autres enfin étaient d'avis d'empoisonner les fontaines où il avait coutume de boire ou de l'enfumer dans sa caverne.
Mais aucun de ces avis ne prévalut. On disputa longuement et les Anciens se séparèrent sans avoir pris aucune résolution.
CHAPITRE VII
LE DRAGON D'ALCA (SUITE)
Durant tout le mois dédié par les Romains à leur faux dieu Mars ou Mavors, le dragon ravagea les fermes des Dalles et des Dombes, enleva cinquante moutons, douze porcs et trois jeunes garçons. Toutes les familles étaient en deuil et l'île se remplissait de lamentations. Pour conjurer le fléau, les Anciens des malheureux villages qu'arrosent le Clange et la Surelle résolurent de se réunir et d'aller ensemble demander secours au bienheureux Maël.
Le cinquième jour du mois dont le nom, chez les Latins, signifie ouverture, parce qu'il ouvre l'année, ils se rendirent en procession au moustier de bois qui s'élevait sur la côte méridionale de l'île. Introduits dans le cloître, ils firent entendre des sanglots et des gémissements. Ému de leurs plaintes, le vieillard Maël, quittant la salle où il se livrait à l'étude de l'astronomie et à la méditation des Écritures, descendit vers eux, appuyé sur son bâton pastoral. À sa venue les Anciens prosternés tendirent des rameaux verts. Et plusieurs d'entre eux brûlèrent des herbes aromatiques.
Et le saint homme, s'étant assis près de la fontaine claustrale, sous un figuier antique, prononça ces paroles: