—Je vous les confie, lui dit-elle. Et je suivrai les leçons que vous leur donnerez, afin de m'instruire moi-même. Avec les fils vous enseignerez la mère.

Mais le jeune religieux s'excusait, tantôt sur ce qu'il n'était pas un maître assez savant, tantôt sur ce que son état lui interdisait le commerce des femmes. Ce refus irrita les désirs de Glamorgane. Un jour qu'elle languissait sur sa couche, son mal étant devenu intolérable, elle fit appeler Oddoul dans sa chambre. Il vint par obéissance, mais demeura les yeux baissés sur le seuil de la porte. De ce qu'il ne la regardait point elle ressentait de l'impatience et de la douleur.

—Vois, lui dit-elle, je n'ai plus de force, une ombre est sur mes yeux.
Mon corps est brûlant et glacé.

Et comme il se taisait et ne faisait pas un mouvement, elle l'appela d'une voix suppliante:

—Viens près de moi, viens!

Et, de ses bras tendus qu'allongeait le désir, elle tenta de le saisir et de l'attirer à elle.

Mais il s'enfuit en lui reprochant son impudicité.

Alors, outrée de colère, et craignant qu'Oddoul ne publiât la honte où elle était tombée, elle imagina de le perdre lui-même pour n'être point perdue par lui.

D'une voix éplorée qui retentit dans tout le palais, elle appela à l'aide, comme si vraiment elle courait un grand danger. Ses servantes accourues virent le jeune moine qui fuyait et la reine qui ramenait sur elle les draps de sa couche; elles crièrent toutes ensemble au meurtre. Et lorsque, attiré par le bruit, le roi Brian entra dans la chambre, Glamorgane, lui montrant ses cheveux épars, ses yeux luisants de larmes et sa poitrine, que, dans la fureur de son amour, elle avait déchiré de ses ongles:

—Mon seigneur et mon époux, voyez, dit-elle, la trace des outrages que j'ai subis. Poussé d'un désir infâme, Oddoul s'est approché de moi et a tenté de me faire violence.