--Nous sommerions d'accord aux Grandes-Écuries pour combattre les francs-maçons, répondit Joseph Lacrisse. Ceux qui vont à la messe leur reprochent de n'être pas catholiques. Les socialistes nationalistes leur reprochent de n'être pas antisémites. Et toutes nos réunions sont levées sur le cri mille fois répété de: «A bas les francs-maçons!» Sur quoi le citoyen Bissolo s'écrie: «A bas la calotte!» Il est aussitôt frappé, renversé, foulé aux pieds par nos amis et traîné au poste par les agents. L'esprit est excellent aux Grandes-Écuries. Mais il y a des idées fausses à détruire. Le petit bourgeois ne comprend pas encore que seule la monarchie peut faire son bonheur. Il ne sent pas encore qu'il se grandit en s'inclinant devant l'Église. Le boutiquier a été empoisonné par les mauvais livres et les mauvais journaux. Il est contre les abus du clergé et l'ingérence des prêtres dans la politique. Beaucoup de mes électeurs eux-mêmes se disent anticléricaux.
--Vraiment! s'écria madame la baronne de Bonmont attristée et surprise.
--Madame, dit Jacques de Cadde, c'est la même chose en province. Et j'appelle cela être contre la religion. Qui dit anticlérical dit antireligieux.
--Ne nous le dissimulons pas, reprit Lacrisse: il nous reste encore beaucoup à faire. Par quels moyens? C'est ce qu'il faut rechercher.
--Moi, dit Jacques de Cadde, je suis pour les moyens violents.
--Lesquels? demanda Henri Léon.
Il y eut un silence et Henri Léon reprit.
--Nous avons remporté des succès prodigieux. Mais Boulanger aussi avait remporté des succès prodigieux. Il s'est usé.
--On l'a usé, dit Lacrisse. Mais nous n'avons pas à craindre qu'on nous use de même. Les républicains, qui se sont très bien défendus contre lui, se défendent très mal contre nous.
--Aussi, dit Léon, ce ne sont pas nos ennemis, ce sont nos amis que je crains. Nous avons des amis à la Chambre. Qu'est-ce qu'ils fichent? Ils n'ont pas pu nous donner seulement une bonne petite crise ministérielle compliquée d'une bonne petite crise présidentielle.