--Comment! une drogue? demanda sévèrement Lacrisse.
--Une drogue salutaire, un remède efficace, une bonne médecine. Mais que le malade n'avalera pas avec plaisir, ni volontiers.... Il ne faut pas laisser reposer la mixture. Agitez le flacon avant de verser, selon le précepte du sage pharmacien. En ce moment, notre mixture nationaliste, bien secouée, est d'un beau rose agréable à voir, et d'une saveur légèrement acide qui flatte le palais. Si nous laissons reposer la bouteille, la liqueur perdra beaucoup en coloration et en saveur. Elle déposera. Le meilleur ira au fond, les parties de monarchie et de religion, qui entrent dans sa composition, se fixeront au culot. Le malade, défiant, en laissera les trois quarts dans la fiole. Agitez, messieurs, agitez.
--Qu'est-ce que je vous disais! s'écria le jeune de Cadde.
--Agiter, c'est facile à dire. Encore faut-il le faire à propos. Sans quoi on risque de mécontenter l'électeur, objecta Lacrisse.
--Oh! dit Léon, si vous songez à votre réélection!...
--Qui vous dit que j'y songe? Je n'y songe pas.
--Vous avez raison, il ne faut pas prévoir les malheurs de si loin.
--Comment? les malheurs! Vous croyez que mes électeurs changeront?
--Je crains, au contraire, qu'ils ne changent pas. Ils étaient mécontents, et ils vous ont élu. Ils seront mécontents encore dans quatre ans. Et cette fois ce sera de vous.... Voulez-vous un conseil, Lacrisse?
--Donnez toujours.