Chassons des Aigues, président du Comité d'action nationaliste, s'approcha de Joseph Lacrisse:
--Mon cher conseiller, décidément, faisons-nous quelque chose le 14 Juillet?
--Le Conseil, répondit gravement Lacrisse, ne peut pas organiser un mouvement d'opinion. Ce n'est pas dans ses attributions; mais si des manifestations spontanées se produisent....
--Le temps presse, le péril grandit, répliqua Chassons des Aigues, qui s'attendait à être exécuté à son cercle, et contre qui une plainte en escroquerie était déposée au Parquet. Il faut agir.
--Ne vous énervez pas, dit Lacrisse. Nous sommes le nombre et nous avons l'argent.
--Nous avons l'argent, répéta Chassons des Aigues, pensif.
--Avec le nombre et l'argent, on fait les élections, poursuivit Lacrisse. Dans vingt mois, nous prendrons le pouvoir, et nous le garderons vingt ans.
--Oui, mais d'ici là.... soupira Chassons des Aigues, dont les yeux arrondis regardaient, pleins d'inquiétude, dans le vague de l'avenir.
--D'ici là, répondit Lacrisse, nous travaillerons la province. Nous avons déjà commencé.
--Il vaut mieux en finir tout de suite, déclara Chassons des Aigues avec l'accent d'une conviction profonde. Nous ne pouvons pas laisser à ce gouvernement de trahison le loisir de désorganiser l'armée et de paralyser la défense nationale.