--C'est évident, dit Jacques de Cadde. Suivez bien mon raisonnement. Nous crions: «Vive l'armée!...»

--Je te crois, dit le petit Dellion.

--Laissez-moi dire. Nous crions: «Vive l'armée!» C'est notre cri de ralliement. Si le gouvernement se met à remplacer les généraux nationalistes par des généraux républicains, nous ne pouvons plus crier: «Vive l'armée!»

--Pourquoi? demanda le petit Dellion.

--Parce qu'alors ce serait crier: «Vive la République!», ça crève les yeux!

--Ce n'est pas à craindre, dit Joseph Lacrisse. L'esprit des officiers est excellent. Si le ministère de trahison arrive à mettre dans le haut commandement un républicain sur dix, c'est tout le bout du monde.

--Ce sera déjà très désagréable, dit Jacques de Cadde. Car alors nous serons obligés de crier: «Vivent les neuf dixièmes de l'armée!» Et pour un cri, c'est trop long.

--Soyez calme, dit Lacrisse, quand nous crions: «Vive l'armée!» on sait bien que ça veut dire: «Vive Mercier!»

Jambe-d'Argent, au piano, chanta:

Vive le Roi! Vive le Roi!
De nos vieux marins c'est l'usage,
Aucun d'eux ne pensait à soi,
Tout en succombant au naufrage,
Chacun criait avec courage: