"Oh! il m'enterrera et il en enterrera bien d'autres après moi, des vieux et des jeunes."
Puis elle devint soucieuse:
"Pierre, ne va pas dire que tu as vu Mathias."
V
LES CONTES DE MAMAN
—Je n'ai pas d'imagination, disait maman.
Elle disait n'en pas avoir, parce qu'elle croyait qu'il n'y avait d'imagination qu'à faire des romans, et elle ne savait pas qu'elle avait une espèce d'imagination rare et charmante qui ne s'exprimait pas par des phrases. Maman était une dame ménagère tout occupée de soins domestiques. Elle avait une imagination qui animait et colorait son humble ménage. Elle avait le don de faire vivre et parler la poêle et la marmite, le couteau et la fourchette, le torchon et le fer à repasser; elle était au dedans d'elle-même un fabuliste ingénu. Elle me faisait des contes pour m'amuser, et comme elle se sentait incapable de rien imaginer, elle les faisait sur les images que j'avais.
Voici quelques-uns de ses récits. J'y ai gardé autant que j'ai pu sa manière, qui était excellente.
L'ÉCOLE
Je proclame l'école de Mlle Genseigne la meilleur école de filles qu'il y ait au monde. Je déclare mécréants et médisants ceux qui croiront et diront le contraire. Toutes les élèves de Mlle Genseigne sont sages et appliquées, et il n'y a rien de si plaisant à voir que leurs petites personnes immobiles. On dirait autant de petites bouteilles dans lesquelles Mlle Genseigne verse de la science.