Mlle Genseigne est assise toute droite dans sa haute chaise. Elle est grave et douce; ses bandeaux plats et sa pèlerine noire inspirent le respect et la sympathie.

Mlle Genseigne, qui est très savante, apprend le calcul à ses petites élèves. Elle dit à Rose Benoist:

"Rose Benoist, si de douze je retiens quatre, combien me reste-t-il?

—Quatre!" répond Rose Benoist.

Mlle Genseigne n'est pas satisfaite de cette réponse:

"Et vous, Emmeline Capel, si de douze je retiens quatre, combien me reste-t-il?

—Huit!" répond Emmeline Capel.

Et Rose Benoist tombe dans une rêverie profonde. Elle entend qu'il reste huit à Mlle Genseigne, mais elle ne sait pas si ce sont huit chapeaux ou huit mouchoirs, ou bien encore huit pommes ou huit plumes. Il y a bien longtemps que ce doute la tourmente. Quand on lui dit que six fois six font trente-six, elle ne sait pas si ce sont trente-six chaises ou trente-six noix, et elle ne comprend rien à l'arithmétique.

Au contraire, elle est très savante en histoire sainte. Mlle Genseigne n'a pas une autre élève capable de décrire le Paradis terrestre et l'Arche de Noé comme fait Rose Benoist. Rose Benoist connaît toutes les fleurs du Paradis et tous les animaux de l'Arche. Elle sait autant de fables que Mlle Genseigne elle-même. Elle sait tous les discours du Corbeau et du Renard, de l'Âne et du petit Chien, du Coq et de la Poule. Elle n'est pas surprise quand on lui dit que les animaux parlaient autrefois. Elle serait plutôt surprise si on lui disait qu'ils ne parlent plus. Elle est bien sûre d'entendre le langage de son gros chien Tom et de son petit serin Cuip. Elle a raison: les animaux ont toujours parlé et ils parlent encore; mais ils ne parlent qu'à leurs amis. Rose Benoist les aime et ils l'aiment. C'est pour cela qu'elle les comprend. Pour s'entendre, il n'est tel que de s'aimer.

Aujourd'hui, Rose Benoist a récité sa leçon sans faute. Elle a un bon point. Emmeline Capel a reçu aussi un bon point pour avoir bien su sa leçon d'arithmétique.