Nous avons été de bande
Quarante et deux Arzonnois
A la guerre de Hollande,
Pour le plus grand de nos rois.
. . . . . . . . . . . . . . . .
Ce fut de juin le septième
Mil six cent septante et trois,
Que le combat fut extrême
De nous et de Hollandois.
Les boulets comme la grêle
Passaient parmi nos vaisseaux,
Brisant mâts, cordages, voile,
Et mettant tout en lambeaux.
La merveille est toute sûre
Que pas un homme d'Arzon
Ne reçut la moindre injure
Du mousquet ni du canon.
Un d'Arzon changeant de place,
Un boulet vint à passer,
Brisant de celui la face
Qui venait de s'y placer.
L'Arzonnois, la sauvant belle,
Eut l'épaule et les deux yeux
Tout couverts de la cervelle
De ce pauvre malheureux.
De Jésus la sainte aïeule,
Par un bienfait singulier,
Nous connaissons que vous seule
Nous gardiez en ce danger.
Ce n'est pas là proprement une poésie populaire; ces vers sont l'oeuvre de quelque bon recteur qui savait le français dans les règles. Ils se chantent sur un vieil air triste à pleurer.
Il y a en face de l'église un double escalier d'un assez beau style. C'est une imitation de la Scala santa de Rome dont les degrés sont toute l'année recouverts d'un tablier de bois. L'escalier d'Auray, comme l'autre, ne se monte qu'à genoux. On gagne neuf années d'indulgences pour chacune des marches ainsi gravies. Je vis une centaine de femmes occupées à cet exercice salutaire. Mais je dois dire que, pour la plupart, elles trichaient. Je les voyais fort bien poser le pied sur les degrés. La chair est faible. D'ailleurs, l'idée de tromper saint Pierre doit venir très naturellement à l'esprit d'une femme.
Cet escalier est de style Louis XIII, ainsi que le cloître adossé à l'église. Le culte de sainte Anne d'Auray ne remonte pas plus haut que le XVIIe siècle. L'origine en est due aux visions d'un pauvre fermier de Keranna, nommé Yves Nicolazic.