Un murmure favorable accueillit cette nouvelle.
—Certes, poursuivit Gallion, nous devons nous féliciter d'une union grâce à laquelle le prince, joignant à ses premiers titres ceux d'époux et de gendre, marche désormais l'égal de Britannicus. Mon frère Sénèque ne cesse de me vanter dans ses lettres l'éloquence et la douceur de son élève, qui illustre sa jeunesse en plaidant au Sénat devant l'empereur. Il n'a pas encore accompli sa seizième année et il a déjà gagné la cause de trois villes coupables ou malheureuses, Ilion, Bologne, Apamée.
—Ainsi donc, demanda Lucius Cassius, il n'a pas hérité l'humeur noire des Domitius, ses aïeux?
—Non certes, répondit Gallion. C'est Germanicus qui revit en lui.
Annaeus Mela, qui ne passait pas pour flatteur, donna aussi des louanges au fils d'Agrippine. Elles paraissaient touchantes et sincères, parce qu'il les garantissait, pour ainsi dire, sur la tête de son fils encore enfant.
—Néron est chaste, modeste, bienveillant et pieux. Mon petit Lucain, qui m'est plus cher que mes yeux, fut son compagnon de jeux et d'études. Ils s'exercèrent ensemble à déclamer en langue grecque et en langue latine. Ils s'essayèrent ensemble à composer des poèmes. Jamais, dans ces luttes ingénieuses, Néron ne donna le moindre signe d'envie. Il se plaisait au contraire à vanter les vers de son rival, où, malgré la faiblesse de l'âge, paraissait, ça et là, une ardente énergie. Il semblait quelquefois heureux d'être vaincu par le neveu de son précepteur. Charmante modestie du prince de la jeunesse! Les poètes compareront un jour l'amitié de Néron et de Lucain à la sainte amitié d'Euryale et de Nisus.
—Néron, reprit le proconsul, montre dans l'ardeur de la jeunesse, une âme douce et pleine de pitié. Ce sont là des vertus que les années ne pourront qu'affermir.
»Claudius, en l'adoptant, a sagement acquiescé au voeu du Sénat et au désir du peuple. Par cette adoption il a écarté de l'Empire un enfant accablé du déshonneur de sa mère, et il vient, en donnant Octavie à Néron, d'assurer l'avènement d'un jeune César qui fera les délices de Rome. Fils respectueux d'une mère honorée, disciple zélé d'un philosophe, Néron, dont l'adolescence brille des plus aimables vertus, Néron, notre espoir et l'espoir du monde, se souviendra dans la pourpre des leçons du Portique et gouvernera l'univers avec justice et modération.
—Nous en acceptons l'augure, dit Lollius. Puisse une ère de bonheur s'ouvrir pour le genre humain!
—Il est difficile de prévoir l'avenir, dit Gallion. Pourtant nous ne doutons point de l'éternité de la Ville. Les oracles ont promis à Rome un empire sans fin et il serait impie de n'en pas croire les dieux. Vous dirai-je ma plus chère espérance? Je m'attends avec joie à ce que la paix règne pour toujours sur la terre après le châtiment des Parthes. Oui, nous pouvons, sans crainte de nous tromper, annoncer la fin des guerres détestées des mères. Qui pourrait désormais troubler la paix romaine? Nos aigles ont touché les bornes de l'univers. Tous les peuples ont éprouvé notre force et notre clémence. L'Arabe, le Sabéen, l'habitant de l'Haemus, le Sarmate qui se désaltère dans le sang de son cheval, le Sicambre à la chevelure bouclée, l'Éthiopien crépu, viennent en foule adorer Rome protectrice. D'où sortiraient de nouveaux barbares? Est-il probable que les glaces du Nord ou les sables brûlants de la Libye tiennent en réserve des ennemis du peuple romain? Tous les Barbares, gagnés à notre amitié, déposeront les armes, et Rome, aïeule aux cheveux blancs, calme dans sa vieillesse, verra les peuples assis avec respect autour d'elle, comme ses enfants adoptifs, méditer la concorde et l'amour.