Tous approuvèrent ces paroles, hors Cassius qui secoua la tête.
Il s'enorgueillissait des honneurs militaires attachés à sa naissance, et la gloire des armes, tant vantée par les poètes et les rhéteurs, excitait son enthousiasme.
—Je doute, ô Gallion, dit-il, que les peuples cessent jamais de se haïr et de se craindre. Et, à vrai dire, je ne le souhaite pas. Si la guerre cessait, que deviendraient la force des caractères, la grandeur d'âme, l'amour de la patrie? Le courage et le dévouement ne seraient plus que des vertus sans emploi.
—Rassure-toi, Lucius, dit Gallion, quand les hommes auront cessé de se vaincre entre eux, ils travailleront à se vaincre eux-mêmes. Et c'est là le plus vertueux effort qu'ils puissent faire, le plus noble emploi de leur courage et de leur magnanimité. Oui, la mère auguste dont nous adorons les rides et les cheveux blanchis par les siècles, Rome, établira la paix universelle. Alors il fera bon vivre. La vie dans certaines conditions mérite d'être vécue. C'est une petite flamme entre deux ombres infinies; c'est notre part de divinité. Tant qu'il vit, un homme est semblable aux dieux.
Pendant que Gallion parlait de la sorte, une colombe vint se poser sur l'épaule de la Vénus dont les formes de marbre brillaient entre les myrtes.
—Cher Gallion, dit Lollius en souriant, l'oiseau d'Aphrodite se plaît à tes discours. Ils sont doux et pleins de vénusté.
Un esclave apporta du vin frais, et les amis du proconsul parlèrent des dieux. Apollodore pensait qu'il n'était pas facile d'en connaître la nature. Lollius doutait de leur existence.
—Quand, dit-il, la foudre tombe, il dépend du philosophe que ce soit la nuée ou le dieu qui ait tonné.
Mais Cassius n'approuvait pas ces propos légers. Il croyait aux dieux de la République. Incertain seulement des limites de leur providence, il affirmait qu'ils existaient, ne consentant pas à se séparer du genre humain sur un point essentiel. Et pour se confirmer dans la religion des aïeux, il employait un raisonnement qu'il avait appris des Grecs:
—Les dieux existent, dit-il. Les hommes s'en font une image. Et l'on ne peut concevoir une image sans réalité. Comment verrait-on Minerve, Neptune, Mercure, s'il n'y avait ni Mercure, ni Neptune, ni Minerve?