Posocharès prit la pièce. Puis il vomit sur Annaeus Méla et ses compagnons de grossières injures, les traitant d'orgueilleux et de débauchés et les renvoyant aux prostitués et aux jongleurs qui passaient autour d'eux en balançant les hanches. Après quoi, découvrant jusqu'au nombril son corps velu et ramenant sur son visage les lambeaux de son manteau, il se recoucha de son long sur le pavé.
—N'êtes-vous pas curieux, demanda Lollius à ses compagnons, d'entendre les Juifs exposer dans le prétoire le sujet de leur querelle?
Ils lui répondirent qu'ils n'en avaient nul désir et qu'ils préféraient se promener sous le portique, en attendant le proconsul qui, sans doute, ne tarderait pas à sortir.
—Je ferai donc comme vous, amis, répliqua Lollius. Nous n'y perdrons rien d'intéressant.
»D'ailleurs, ajouta-t-il, les Juifs venus de Kenkhrées pour accompagner les plaideurs ne sont pas tous dans la basilique. En voici un, reconnaissable, mes amis, à son nez recourbé et à sa barbe fourchue. Il s'agite comme la Pythie.
Et Lollius, du regard et du doigt, montrait un étranger maigre, pauvrement vêtu, qui sous le portique vociférait au milieu d'une foule moqueuse:
—Hommes corinthiens, vous vous fiez à tort en votre sagesse, qui n'est que folie. Vous suivez aveuglément les préceptes de vos philosophes, qui vous enseignent la mort et non la vie. Vous n'observez pas la loi naturelle et, pour vous punir, Dieu vous a livrés aux vices contre nature…
Un matelot, qui s'approcha du cercle des curieux, reconnut cet homme, car il murmura en haussant les épaules:
—C'est Stéphanas, le Juif de Kenkhrées, qui apporte encore quelque nouvelle extraordinaire du séjour des nuées où il est monté, si nous l'en croyons.
Et Stéphanas enseignait le peuple: