—Le chrétien est délivré de la loi et de la concupiscence. Il est exempt de la damnation par la miséricorde de Dieu, qui a envoyé son fils unique prendre une chair de péché pour détruire le péché. Mais vous ne serez délivrés que si, rompant avec la chair, vous vivez selon l'esprit.

»Les Juifs observent la loi et ils croient être sauvés par leurs oeuvres. Mais c'est la foi qui sauve, et non les oeuvres. Que leur sert d'être circoncis de fait, si leur coeur est incirconcis?

»Hommes corinthiens, ayez la foi et vous serez incorporés dans la famille d'Abraham.

La foule commençait à rire et à se moquer de ces paroles obscures. Mais le Juif, d'une voix creuse, prophétisait. Il annonçait une grande colère et le feu destructeur qui consumerait le monde.

—Et ces choses arriveront moi vivant, criait-il, et je les verrai de mes yeux. L'heure est venue de nous réveiller du sommeil. La nuit est passée, le jour approche. Les saints seront ravis au ciel et ceux qui n'auront pas cru en Jésus crucifié périront.

Puis, promettant la résurrection des corps, il invoqua Anastasis, au milieu des moqueries de la foule hilare.

A ce moment un homme aux robustes poumons, le boulanger Milon, membre du Sénat de Corinthe, qui depuis quelques instants écoutait le Juif avec impatience, s'approcha de lui, le tira par le bras et le secouant rudement:

—Cesse, misérable, lui dit-il, cesse de débiter ces paroles vaines. Tout cela n'est que contes d'enfants et niaiseries propres à séduire l'esprit des femmes. Comment peux-tu, sur la foi de tes songes, débiter tant de sottises, laissant tout ce qui est beau et ne te plaisant qu'à ce qui est mal, sans même tirer profit de ta haine? Renonce à tes fantômes étranges, à tes desseins pervers, à tes sombres prophéties, de peur qu'un dieu ne t'envoie aux corbeaux pour te punir de tes imprécations contre cette ville et contre l'Empire.

Les citoyens applaudirent aux paroles de Milon.

—Il dit vrai, s'écriaient-ils. Ces Syriens n'ont qu'un dessein: ils veulent affaiblir notre patrie. Ils sont les ennemis de César.