—Il y est, dit-il, au chapitre XVIII, et remplit les versets 12 à 17, que je puis vous lire, car j'en ai pris copie sur un feuillet de mon manuscrit.

Et il lut:

12. Or, Gallion étant proconsul d'Achaïe, les Juifs d'un commun accord s'élevèrent contre Paul, et le menèrent à son tribunal,

13. En disant: «Celui-ci veut persuader aux hommes d'adorer Dieu d'une manière contraire à la loi.»

14. Et Paul étant près de parler pour sa défense, Gallion dit aux Juifs: «O Juifs, s'il s'agissait de quelque injustice, ou de quelque mauvaise action, je me croirais obligé de vous entendre avec patience.

15. »Mais s'il ne s'agit que de contestations de doctrine, de mots, et de votre loi démélez vos différends comme vous l'entendrez: car je ne veux point m'en rendre juge.»

16. Il les fit retirer ainsi de son tribunal.

17. Et tous ayant saisi Sosthène, chef d'une synagogue, le battirent devant le tribunal sans que Gallion s'en mît en peine.

»Je n'ai rien inventé, ajouta Langelier. D'Annaeus Méla et de Gallion son frère, on sait peu de chose. Mais il est certain qu'ils comptaient parmi les hommes les plus intelligents de leur temps. Quand l'Achaïe, province sénatoriale sous Auguste, province impériale sous Tibère, fut rendue au Sénat par Claude, Gallion y fut envoyé comme proconsul. Il devait sans doute cet emploi au crédit de son frère Sénèque; mais peut-être fut-il choisi pour sa connaissance de la littérature grecque et comme un homme agréable à ces professeurs athéniens dont les Romains admiraient l'esprit. Il était très instruit. Il avait écrit un livre des questions naturelles et composé, croit-on, des tragédies. Ces ouvrages sont tous perdus, à moins qu'il ne se trouve quelque chose de lui dans ce recueil de déclamations tragiques attribué, sans raisons suffisantes, à son frère le philosophe. J'ai supposé qu'il était stoïcien et pensait, sur beaucoup de points, comme ce frère illustre. C'est extrêmement probable. Mais tout en lui prêtant des propos vertueux et tendus, je me suis bien gardé de lui attribuer une doctrine arrêtée. Les Romains d'alors mêlaient les idées d'Épicure à celles de Zénon. En prêtant cet éclectisme à Gallion, je ne courais pas grand risque de me tromper. Je l'ai représenté comme un homme aimable. Il est certain qu'il l'était. Sénèque a dit de lui que personne ne l'aimait médiocrement. Sa douceur était universelle. Il recherchait les honneurs.

»Son frère Annaeus Méla, tout au contraire, les fuyait. Nous avons à cet égard le témoignage de Sénèque le philosophe et celui de Tacite. Quand la mère des trois Sénèques, Helvia, perdit son mari, le plus célèbre de ses fils composa pour elle un petit traité philosophique. En un endroit de cet ouvrage, il l'exhorte à penser qu'il lui reste, pour la rattacher à la vie, des enfants tels que Gallion et Méla, différents de caractère, mais également dignes de son affection.