—Oui, répondirent ensemble le nègre et la négresse, qui se tenaient par la main.
Sur l'ordre de l'évêque, Nitida, agenouillée, dépouilla Thaïs de tous ses vêtements. L'enfant était nue, un amulette au cou. Le pontife la plongea trois fois dans la cuve baptismale. Les acolytes présentèrent l'huile avec laquelle Vivantius fit les onctions et le sel dont il posa un grain sur les lèvres de la catéchumène. Puis, ayant essuyé ce corps destiné, à travers tant d'épreuves, à la vie éternelle, l'esclave Nitida le revêtit de la robe blanche qu'elle avait tissue de ses mains.
L'évêque donna à tous le baiser de paix et, la cérémonie terminée, dépouilla ses ornements sacerdotaux.
Quand ils furent tous hors de la crypte, Ahmès dit:
—Il faut nous réjouir en ce jour d'avoir donné une âme au bon
Seigneur Dieu; allons dans la maison qu'habite ta Sérénité, pasteur
Vivantius, et livrons-nous à la joie tout le reste de la nuit.
—Tu as bien parlé, Théodore, répondit l'évêque.
Et il conduisit la petite troupe dans sa maison qui était toute proche. Elle se composait d'une seule chambre, meublée de deux métiers de tisserand, d'une table grossière et d'un tapis tout usé. Dès qu'ils y furent entrés:
—Nitida, cria le Nubien, apporte la poêle et la jarre d'huile, et faisons un bon repas.
En parlant ainsi, il tira de dessous son manteau de petits poissons qu'il y tenait cachés. Puis, ayant allumé un grand feu, il les fit frire. Et tous, l'évêque, l'enfant, les deux jeunes garçons et les deux esclaves, s'étant assis en cercle sur le tapis, mangèrent les poissons en bénissant le Seigneur. Vivantius parlait du martyre qu'il avait souffert et annonçait le triomphe prochain de l'Église. Son langage était rude, mais plein de jeux de mots et de figures. Il comparait la vie des justes à un tissu de pourpre et, pour expliquer le baptême, il disait:
—L'Esprit Saint flotta sur les eaux, c'est pourquoi les chrétiens reçoivent le baptême de l'eau. Mais les démons habitent aussi les ruisseaux; les fontaines consacrées aux nymphes sont redoutables et l'on voit que certaines eaux apportent diverses maladies de l'âme et du corps.