—Ami, lui dit-il en souriant, si tu penses encore, à quoi penses-tu?
—Je pense que les amours des femmes sont semblables aux jardins d'Adonis.
—Que veux-tu dire?
—Ne sais-tu pas, Eucrite, que les femmes font chaque année de petits jardins sur leur terrasse, en plantant pour l'amant de Vénus des rameaux dans des vases d'argile? Ces rameaux verdoient peu de temps et se fanent.
—Ami, n'ayons donc souci ni de ces amours ni de ces jardins. C'est folie de s'attacher à ce qui passe.
—Si la beauté n'est qu'une ombre le désir n'est qu'un éclair. Quelle folie y a-t-il à désirer la beauté? N'est-il pas raisonnable, au contraire, que ce qui passe aille à ce qui ne dure pas et que l'éclair dévore l'ombre glissante?
—Nicias, tu me sembles un enfant qui joue aux osselets. Crois-moi: sois libre. C'est par là qu'on est homme.
—Comment peut-on être libre, Eucrite, quand on a un corps?
—Tu le verras tout à l'heure, mon fils. Tout à l'heure tu diras:
Eucrite était libre.
Le vieillard parlait adossé à une colonne de porphyre, le front éclairé par les premiers rayons de l'aube. Hermodore et Marcus, s'étant approchés, se tenaient devant lui à côté de Nicias, et tous quatre, indifférents aux rires et aux cris des buveurs, s'entretenaient des choses divines. Eucrite s'exprimait avec tant de sagesse que Marcus lui dit: