La mort était sur elle et la sueur de l'agonie couronnait son front.
Rompant le silence auguste, une tourterelle éleva sa voix plaintive.
Puis les sanglots du moine se mêlèrent à la psalmodie des vierges.
—Lave-moi de mes souillures et purifie-moi de mes péchés. Car je connais mon injustice et mon crime se lève sans cesse contre moi.
Tout à coup Thaïs se dressa sur son lit. Ses yeux de violette s'ouvrirent tout grands; et, les regards envolés, les bras tendus vers les collines lointaines, elle dit d'une voix limpide et fraîche:
—Les voilà, les rosés de l'éternel matin!
Ses yeux brillaient; une légère ardeur colorait ses tempes. Elle revivait plus suave et plus belle que jamais. Paphnuce, agenouillé, l'enlaça de ses bras noirs.
—Ne meurs pas, criait-il d'une voix étrange qu'il ne reconnaissait pas lui-même. Je t'aime, ne meurs pas! Écoute, ma Thaïs. Je t'ai trompée, je n'étais qu'un fou misérable. Dieu, le ciel, tout cela n'est rien. Il n'y a de vrai que la vie de la terre et l'amour des êtres. Je t'aime! ne meurs pas; ce serait impossible; tu es trop précieuse. Viens, viens avec moi. Fuyons; je t'emporterai bien loin dans mes bras. Viens, aimons-nous. Entends-moi donc, ô ma bien-aimée, et dis: «Je vivrai, je veux vivre.» Thaïs, Thaïs, lève-toi!
Elle ne l'entendait pas. Ses prunelles nageaient dans l'infini.
Elle murmura:
—Le ciel s'ouvre. Je vois les anges, les prophètes et les saints… le bon Théodore est parmi eux, les mains pleines de fleurs; il me sourit et m'appelle… Deux séraphins viennent à moi. Ils approchent… qu'ils sont beaux!… Je vois Dieu.
Elle poussa un soupir d'allégresse et sa tête retomba inerte sur l'oreiller. Thaïs était morte. Paphnuce, dans une étreinte désespérée, la dévorait de désir, de rage et d'amour.