Les autres caractères que les interrogatoires révèlent dans les hallucinations de Jeanne ne sont pas moins intéressants que les précédents, bien qu'ils ne prêtent pas non plus à des conclusions certaines.

C'est de la pensée obscure et inconsciente que sortent brusquement les visions et les voix avec ce caractère d'extériorité qui distingue si particulièrement les hallucinations hystériques. Jeanne est si peu préparée par sa pensée claire à entendre ses voix, elle les attend si peu qu'elle déclare avoir eu grand'peur la première fois: «J'avais treize ans quand j'eus une voix venant de Dieu pour m'aider à me bien conduire. Et la première fois, j'eus grand'peur. Cette voix me vint vers l'heure de midi, c'était l'été, dans le jardin de mon père[1123]

Et tout de suite la voix devient impérative; elle demande une obéissance qu'on ne lui refuse pas: «Elle me disait: Va en France, et je ne pouvais plus tenir où j'étais[1124]

Ses visions se manifestent de la même façon; elles ont la même extériorité et elles s'imposent avec la même nécessité à la confiance de la jeune fille.

Enfin ces hallucinations de l'ouïe et de la vue s'associent de bonne heure avec des hallucinations de l'odorat et du toucher qui présentent le même caractère et confirment chez Jeanne la certitude absolue de leur réalité.

D.—En quelle partie avez-vous touché sainte Catherine?

R.—Vous n'en aurez autre chose.

D.—Avez-vous baisé ou accolé sainte Catherine ou sainte Marguerite?

R.—Je les ai accolées toutes les deux.

D.—Fleuraient-elles bon?