R.—Il est bon à savoir qu'elles fleuraient bon.
D.—En les accolant, sentiez-vous chaleur ou autre chose?
R.—Je ne pouvais les accoler sans les sentir et les toucher[1125].
C'est d'ailleurs à cause de cette extériorité, de cette réalité si marquée que les hallucinations hystériques laissent dans l'esprit des traces profondes et ineffaçables; les sujets en parlent comme de faits réels qui les ont vivement frappés, et quand ils se font accusateurs, comme tant de femmes qui se prétendent victimes d'attentats imaginaires, ils soutiennent leurs accusations avec la dernière énergie.
Non seulement Jeanne voit, entend, flaire et touche ses saintes, mais elle se mêle à des cortèges d'anges dont elles font partie, accomplit en cette compagnie des actes réels, comme si ses hallucinations et sa vie étaient complètement fondues.
—J'étais dans mon logis, en la maison d'une bonne femme, près du château de Chinon, quand l'ange vint. Et alors lui et moi, allâmes ensemble vers le roi.
D.—Cet ange était-il seul?
R.—Cet ange avait bonne compagnie d'autres anges[1126]. Ils étaient avec lui mais chacun ne les voyait pas.... Quelques-uns s'entre-ressemblaient bien; d'autres, non, en la manière où je les voyais. Aucuns avaient des ailes. Il y en avait même de couronnés, et en la compagnie étaient sainte Catherine et sainte Marguerite.
Elles furent, avec l'ange susdit, et les autres anges aussi, jusque dedans la chambre du roi.
D.—Dites-nous comment l'ange vous quitta.