[7] On traduit encore : Saint Yves de la Vérité. Je crois être plus fidèle au sens exact de l’expression bretonne, en traduisant comme je fais, droiture et vérité, dans cette langue, se rendant par le même terme.

II

Le lieu où il donne, en cette qualité, ses audiences n’est point son église du Minihy, mais, sur une des collines d’en face, de l’autre côté du Jaudy, un étroit emplacement ombragé d’ormes et dominant la crique de Porz-Bihan.

Là s’élevait naguère une chapelle dédiée à saint Sul, sur les terres des seigneurs du Verger, de la famille de Clisson. Ceux-ci lui adjoignirent, vers le XVIIIe siècle, un ossuaire en granit destiné à leur servir de caveau funéraire. Après la Révolution, la chapelle subit le sort de quantité d’autres oratoires que le manque de ressources des fabriques paroissiales, souvent aussi l’incurie du clergé, a laissé tomber en ruines. Elle disparut, mais l’ossuaire resta debout. Les statues des saints que la chapelle ne pouvait plus abriter y trouvèrent un refuge. Parmi elles était une image de saint Yves, très ancienne, d’un caractère un peu barbare, et qui, pour ces deux raisons, était regardée par les gens du pays comme une reproduction en quelque sorte authentique.

J’ai vu, dans mon enfance, l’édicule de Porz-Bihan.

Une vieille femme de Pleudaniel, où nous habitions, m’y mena un jour. Elle s’appelait Mônik — diminutif familier de Mône ou Marie-Yvonne. — De son métier, elle était cardeuse d’étoupes ; et, tout l’hiver, elle cardait. Je m’esquivais, souvent, à la tombée de la nuit, pour aller m’asseoir près d’elle dans l’âtre où elle travaillait, accroupie, à la lueur d’une chandelle de résine. Elle avait une prodigieuse mémoire, en dépit de ses soixante-dix ans, et elle savait des choses surprenantes que je n’ai jamais entendu dire qu’à elle. Elle les disait d’une voix lente, posée, toujours égale. On avait tant de plaisir à l’écouter qu’on ne prenait pas garde au grincement des peignes — si même il n’y avait pas dans cet accompagnement strident je ne sais quel charme de plus.

Sur la fin de la saison froide, dès que les pales soleils de mars commençaient à luire, Mônik changeait d’occupations. Elle se faisait alors « pèlerine ». Des gens la venaient trouver, la priaient, moyennant un modique salaire, de se rendre à tel oratoire, à telle fontaine qu’ils désignaient, et d’y remplir leurs dévotions à leur place. A partir de ce moment, ses journées se passaient à trotter les chemins. Un matin, je la vis qui achevait de nouer ses souliers sur le pas de sa porte.

— Et de quel côté allez-vous aujourd’hui, Mônik vénérable ?

— Pas loin, mon petit… Au pays de Trédarzec : deux lieues à peine, par la traverse.

— Savez-vous, mère Mône ; puisque c’est si près, laissez-moi vous accompagner.