— Si le droit est pour eux, condamne-nous ! Si le droit est pour nous, condamne-les ; fais qu’ils sèchent sur pied et meurent dans le délai prescrit[9] !…
[9] La formule est invariablement la même, et l’on emploie toujours le pluriel, même lorsqu’il n’y a contestation que d’individu à individu, — ce qui était ici le cas, ainsi qu’on le verra plus loin.
Il y avait, dans l’accent et dans le geste, je ne sais quoi de sauvage et de troublant.
La vieille sortit du sanctuaire, les yeux allumés d’une flamme mauvaise, et en fit le tour à l’extérieur par trois fois. Le troisième tour accompli, elle s’agenouilla devant l’entrée. Quand elle se releva, elle avait son expression accoutumée, sa figure d’aïeule, d’une enfantine douceur, et dont les rides même semblaient sourire.
— C’est fini, me dit-elle. Allons-nous-en bien vite !
Il fut délicieux, ce retour, dans la joie de la lumière du midi, par une belle journée de printemps hâtif. Mône causait, causait, comme pour se dédommager du silence qu’elle avait dû observer jusque-là. A Trédarzec elle voulut absolument me faire manger des gâteaux à une petite « boutique » en plein vent. Elle était gaie ; des bouts de chansons lui venaient aux lèvres ; jamais je ne lui avais vu cette exubérance. Et elle ne boitait plus — oh ! plus du tout, — trottinait au contraire, d’une allure ingambe, avec des sautillements d’oiseau.
— Vous avez l’air tout heureux, vieille mère ?
— Je suis heureuse, en effet, mabik[10]. J’ai un poids de moins sur le cœur. Parmi les commissions qu’on me donne à faire, il en est qui ne sont pas agréables, mon enfant.
[10] Fils, avec le diminutif de tendresse.
— Et quelle était celle d’aujourd’hui, s’il vous plaît ?