— Qu’y a-t-il pour votre service ? leur demande la servante.

— Nous voudrions parler à M. le recteur.

— Il est à table. Que désirez-vous de lui ?

— Qu’il nous permette de nous agenouiller devant l’image d’Yves le Véridique, laquelle est, dit-on, prisonnière dans son grenier.

Impressionnée par le ton singulier dont étaient prononcées ces paroles, la servante s’empressa d’avertir son maître, bien qu’il n’aimât guère à être dérangé au cours de ses repas. Le recteur, sa serviette à la main, parut aussitôt sur le seuil de la salle à manger. Il avait la mine furieuse.

— Sortez d’ici, cria-t-il, vagabonds de grand’route que vous êtes ! Saint Yves n’a que faire de vos prières homicides.

— Soit ! répondit avec calme l’un des inconnus. Puisqu’il en est ainsi, nous t’assignons tous les trois à son tribunal. C’est aujourd’hui samedi. Il te reste la nuit pour te repentir. Demain tu ne célébreras pas la grand’messe !…

Là-dessus, les personnages mystérieux s’évanouirent, sans qu’on sût comme.

… Le recteur a gagné son lit à l’heure habituelle. Il est triste. Des pensées funèbres le hantent. La servante aussi se sent le cœur étreint d’une angoisse. Elle a beau se tourner et se retourner entre ses draps, elle ne peut s’endormir ; la sinistre prophétie des trois pèlerins retentit obstinément à ses oreilles… Soudain, elle sursaute : par l’escalier du grenier descend un pas lourd, le pas de quelqu’un « qui serait en bois ».

Il résonne maintenant dans le corridor. Une porte s’ouvre, un cri part. Et c’est ensuite une plainte longue, entrecoupée de hoquets, comme un râle. Est-ce chez le vicaire ? Il sera toujours temps d’y aller voir. Un malheur ne s’apprend jamais que trop vite. Et la servante se tient coite, la face au mur, avec une sueur d’épouvante qui lui ruisselle par tout le corps…