[16] On dit en breton « da dad kûn » ton père doux.

[17] C’est peut-être le site le plus gracieux de l’exquise vallée du Guindy. La rivière au bas, claire, chantante, déroulant sur un lit de gravier, à travers des prés d’un vert intense, ses méandres harmonieux. Sur une des collines de la rive gauche, un bois de pins et, à son ombre, les ruines de l’oratoire. Celui-ci devait couvrir à peine trois mètres carrés de superficie. Il était bâti de quelques pierres mal liées avec de l’argile. On raconte que saint Elud, — le même, j’imagine, que saint Iltud, — eut là son ermitage.

Quant à la Fontaine-de-Minuit (Feunteun-Anternoz), son eau mystérieuse filtre d’un rocher, au pied de la colline. J’ai dessein de raconter ailleurs ses vertus.

[18] « An dud a bemp liard », disait Mabik, les gens de cinq liards.

» C’est lui qui a commencé ma réputation. Je l’ai peint d’abord dans une ferme, puis dans une autre. Finalement, dès que j’entrais dans une maison, on m’appréhendait à la veste :

»  — Ramone ou ne ramone pas, cela nous est égal, mais tu vas le dessiner là, tu vas dessiner ton Sant Erwan !

» Aujourd’hui encore, quand je passe devant les seuils, les petits enfants s’attroupent et crient :

»  — C’est Mabik Rémond, c’est l’oiseau noir de saint Yves !

» Les meilleures choses, hélas ! n’ont qu’un temps. Reste-t-il, en Trégor, reste-t-il une seule maison de marin ou de paysan qui n’ait point sur sa muraille la grande image sacrée ? Pauvre de moi, j’ai dû chercher d’autres motifs. Oh ! je sais bien, dans notre pays ce ne sont pas les saints qui manquent. En ces parages même, il en débarqua des batelées qui avaient pour pilote Lewias, et Tudual pour capitaine. Je les connais tous. Au besoin, je vous dirais leurs noms, leur histoire et la figure qu’ils ont laissée d’eux. Je puis, avec un peu de terre à briques et de noir de fumée, leur redonner un semblant de vie. On me commande : « Fais-nous tel saint, Mabik » ; et je le fais. Mais, voyez-vous, si j’étais maître de ma destinée, je ne peindrais jamais que des saint Yves. Les galopins des campagnes ont raison. Peintre de saint Yves je suis, peintre de saint Yves je mourrai !… »

Ainsi me parla Mabik Rémond, en ce paisible après-midi d’août où je fus momentanément son hôte, tandis que le moulin de Job-An-Dû tictaquait ferme au creux du vallon et que les cloches du Minihy carillonnaient pour un baptême.