— Frère (car nous avons eu dans le passé de communs ancêtres), celui que nous avons conduit ensemble au seuil des demeures futures m’avait prié d’être auprès de toi l’interprète de ses dernières volontés. Je lui fis promesse de te les aller dire, s’il était nécessaire, jusqu’en ta maison, quoiqu’il me soit défendu par mes dogmes de franchir le cercle enchanté de cette forêt. Ce qu’il désire de toi, le voici : il entend que, par tes soins, une église soit érigée en cette place à la mère douloureuse de ton Dieu, afin que les malades y trouvent guérison et les affligés miséricorde. Un temps fut — j’étais jeune alors — un bloc de granit rouge se dressait ici. Son contact rendait la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, l’espérance aux cœurs en détresse. Puisse le sanctuaire que tu édifieras avoir mêmes vertus ! Ceci est mon souhait, le souhait d’un vaincu résigné au cours changeant des choses, et qui parle sans amertume ni animosité. J’ai dit.
Gwennolé resta un instant songeur, les yeux baissés à terre.
— Mais, en ce cas, — s’écria-t-il enfin, ému malgré lui de la belle sérénité du druide, — c’est vous que nous atteignons, vous dont nous envahissons le suprême refuge !
— Oh ! moi… fit le vieillard.
Et, après un silence, avec un geste de lassitude et de découragement, il ajouta :
— C’est affaire à mes dieux de me protéger, s’ils existent et s’ils y peuvent quelque chose.
Puis, montrant le ciel, d’un bleu délavé, l’azur limpide et pâle des matins d’octobre :
— Au fond du mystère que nous situons là-haut il n’y a peut-être qu’un grand leurre.
Gwennolé, scandalisé, dit sévèrement :
— Croire, c’est savoir.