Lili, arc’hantet ho delliou,

War vord an dour ’zo er prajou ;

Douè d’ezho roas dillad

A skuill er meziou peb c’houèz vad…

Des lys, aux feuilles argentées,

Sont au bord de l’eau, dans les prés ;

Dieu leur donna des vêtements

Dont l’odeur au loin embaume les champs…

Le chœur des troupiers reprend chaque strophe, lui communiquant une ampleur immense ; et le chant semble fuir au loin derrière nous, emporté dans un vent de vitesse, avec les grandes fumées blondes qui font sillage aux deux flancs du train. C’est une sorte d’églogue religieuse, doux-fleurante, imprégnée d’un double parfum de nature et de piété. Elle évoque dans l’atmosphère du wagon, sans air et sans jour, où nous sommes parqués, des visions de courtils lumineux, de coteaux boisés, d’eaux courantes au creux des vallons, et d’un sanctuaire dressant à mi-pente son clocheton gris brodé de lichens.

Ce qu’il nous est donné d’entrevoir de la contrée que nous traversons ajoute encore à cette impression de fraîcheur et de rusticité. La verte et ondoyante Cornouailles déploie de part et d’autre la splendeur grasse de ses pâturages, le miroitement de ses rivières, le bleu rempart de ses collines dont les dentelures, sous le soleil couchant, sont comme burinées d’un large trait d’or. Un ciel léger, des frissons tièdes, la vivante haleine de la mer. On monte, on monte. Une ligne de hauteurs austères et dénudées se dessine ; des pyramides de pierres entassées les couronnent, semblables à des cairns des anciens âges ; une nappe d’eau canalisée réfléchit leurs grands profils, et, sur ses bords, des maisons blanches sont rangées paisiblement, leurs façades un peu assombries par les reflets d’ardoises qu’y projettent les carrières d’alentour. C’est ici Châteaulin, une sous-préfecture d’Arcadie. On franchit le canal sur un viaduc d’où l’œil domine un instant ses courbes harmonieuses, l’écharpe d’azur mat qu’il déroule, à travers des solitudes presque vierges, jusqu’à la pointe de Landévennec. L’Aulne passée, on entre dans un pays nouveau ; il n’a point l’âpreté des cimes qu’on laisse après soi, mais encore moins l’aspect joyeux, cette riante figure des choses, qui caractérise la Cornouailles du sud. Région de plateaux découverts, coupée de ravins profonds comme celui de Pont-ar-Veuzèn, ou de combes tristes comme celle de Lopérec, sa physionomie respire un je ne sais quoi de sobre et de grave, annonce déjà le Léon. Le train s’arrête dans une petite station en rase campagne ; un employé crie :