— Non. Mais, je ne resterai plus là-bas, et, si vous m’y ramenez de force, vous ne me reverrez plus.

On usa de tout pour fléchir l’enfant. Menaces, coups, supplications, rien n’y fit.

— Tu iras donc gagner ton pain ! — lui dit-on.

Et on le loua à un fermier de Saint-Drien. Depuis l’aube jusqu’au crépuscule du soir, il fut censé surveiller les vaches, les taureaux et les génisses, dans les pacages illimités. En réalité, il passait le temps, assis entre deux touffes d’ajonc, à écouter un oiseau mystérieux qui s’était mis à siffler dans sa tête, ou bien à contempler de magiques horizons, visibles pour lui seul, vers lesquels l’attirait un aimant si fort qu’il en avait des fourmillements dans les jambes. C’est là, dans la paix des landes mélancoliques, que pour la première fois l’Esprit de la poésie primitive le vint visiter[42]. Il n’avait, en effet, que douze ans lorsqu’il composa sa pièce de début, celle-là même qui, refondue et remaniée, s’est appelée plus tard « Confession de Jean Gamin » (Covizion Yann Grennard). Il y disait :

[42] Le recteur de Pleumeur, M. Barra, lui avait donné les premières leçons de métrique bretonne. « Sois barde ! » disait à Yann cet homme vénérable ; « après celle de prêtre, je ne sais pas de plus belle vocation ».

Je suis un garçonnet, hardi et insouciant ;

Rien ne m’agrée tant que de jouer à la toupie ;

Faire l’école du renard[43] me plaît aussi

Dénicher des nids, lutter et me battre.

[43] L’école buissonnière.