Mon père, ma mère, si vous m’aimez,
Vous ne m’enverrez pas au pardon de Saint-Jean.
Une voix secrète m’avertit
Que, si je vais sur la mer, je serai noyée.
Ni le père ni la mère ne se laissent attendrir. Force est à la pauvrette de s’attifer. A chaque pièce de son costume qu’elle revêt, robe blanche et tablier de taffetas jaune, elle songe, en gémissant, qu’elle s’enveloppe de ses propres mains dans son linceul ; et, lorsqu’elle met le pied dans la barque, elle a la certitude qu’elle « entre dans sa mort ». Ses craintes ne tardent pas à se réaliser.
Matélina Troadec disait,
Comme la barque penchait sur le côté :
— Récitez tous vos chapelets,
Cependant que j’entonnerai vêpres.
Elle n’a pas fini le premier verset que le sinistre prévu s’accomplit. Au moment de disparaître, elle se souvient que saint Mathurin, son patron, est « le maître du vent et de l’eau ». Elle lui recommande son enfant, le prie de le conduire sain et sauf au rivage. Sa prière fut exaucée, car, le soir même, dans la grève de Traoun-Mériadek, abordait sur une planche un enfant