Qui portait une robe de satin blanc

Pour montrer qu’il était le fils d’un marquis.

Quant à Matélina, lorsque l’on retrouva son cadavre, elle était « à dix-huit brasses au fond de la mer et tenait dans la main un rameau de vert goémon ».

— Pourquoi ce rameau de goémon vert ? demandions-nous à Nonnik.

— Pour être sa palme de martyre, répondait-il, les yeux au ciel, comme s’il eût vu rayonner là-haut le pâle et doux fantôme de cette morte d’antan.

VI

Aujourd’hui, l’ère de ces hasardeux pèlerinages par mer est heureusement à peu près close. Il n’y a plus guère que deux ou trois communes où l’usage s’en soit perpétué. Locquénolé est de ce nombre, et l’on y peut prendre une idée du spectacle que présentaient autrefois les grands départs processionnels. Nous sommes descendus, à travers bois, jusqu’à l’ouverture de l’estuaire où la petite bourgade abrite sous une coupole de feuillages son port ombreux. Elle est située sur la rive léonnaise, mais l’âpre Léon expire ici, fait déjà place à la douceur, à la mansuétude trégorroise. La transition est visible aussi bien dans la race que dans la nature du sol. On sent une âme plus légère, plus riche de poésie et de gaieté.

Nous arrivons comme les bateaux s’ébranlent. Leurs pavois multicolores frémissent dans l’air avec les mille chatoiements d’ailes d’une nuée de papillons captifs. Tous les bancs sont garnis. Des jeunes filles, surtout, et des jeunes gens. Des bouts de châles pendent jusqu’à friser l’eau, le long du bordage. On s’interpelle joyeusement d’une barque à l’autre :

— Hé ! Anaïs, tu mouilles ta frange !

Des rires fusent et s’égrènent. Ce n’est pas sans raison qu’elle est devenue proverbiale, la belle humeur des « filles de Locquénolé ». Elles vont au pardon comme à une gaillarde aventure de mer et d’amour. D’aucunes se font un divertissement d’aider aux rameurs, car on attend d’être en plein chenal pour hisser la voilure. Comme la dernière batelée défile devant nous, l’homme de barre nous crie :