[58] En breton Coat-an-Noz, dans les Côtes-du-Nord, entre Gurunhuël et Belle-Isle-en-Terre.

Vigoureux et de taille élancée comme les hêtres de sa forêt natale, il chemine d’une allure à la fois fougueuse et saccadée, en s’appuyant du poing à l’épaule d’une jeune fille qu’il domine de toute la tête. Leur groupe évoque des réminiscences antiques. Vous diriez d’un Œdipe breton conduit par une Antigone paysanne. Par intervalles ils se renvoient quelques mots brefs, toujours les mêmes. L’Œdipe demande, d’une voix concentrée :

— Eh bien, commence-t-on à l’apercevoir ?

Et l’Antigone répond, les mains en abat-jour au-dessus des yeux :

— Non, mon père, pas encore.

Brusquement, elle s’arrête et dit :

— Le voilà !

« Lui », c’est le coq doré qui surmonte la flèche en plomb de Saint-Jean : il vient d’émerger au creux du val, entre deux vagues de verdures, dans le soleil. L’aveugle s’est prosterné, d’un mouvement si impétueux que nous avons cru, d’abord, à une chute. Et, promenant ses mains à plat sur le sol poudreux, il s’écrie :

— Terre de Saint-Jean, ô toi que j’embrasse !… Des yeux ! rends-moi des yeux ! Que je ne m’en retourne point, sans t’avoir contemplée !

Quelqu’un, près de nous, murmure au passage :