— Si vous cherchez une place, les meilleures sont de ce côté, fait derrière mon dos une voix connue.

Parkik, avec sa « douce ». Ils sont montés tout droit au Tantad ; à vrai dire, ils ne sont venus que pour lui. Et leur cas est celui de la majorité des pèlerins, il faut croire, puisque, au lieu de se rendre à vêpres, la multitude s’est précipitée vers la hauteur. Ce n’est pas l’esplanade seulement qui est envahie : les talus d’alentour, les cultures même qu’ils enclosent sombrent, sillon après sillon, sous le flux sans cesse grossissant où, parmi le noir compact des feutres d’hommes, la légèreté des coiffes féminines frisotte avec des blancheurs d’écume. Vainement les métayers des fermes voisines s’efforcent de sauvegarder leurs champs.

— Épargnez au moins le blé ! supplient-ils d’un ton lamentable.

— Bah ! saint Jean vous dédommagera ! leur est-il riposté.

Notez qu’en temps ordinaire ces féroces piétineurs de moissons tiendraient pour sacrilège celui d’entre eux qui se risquerait à fouler un épi. « Sois pieux envers l’herbe du pain, respecte-la comme ta mère », dit un proverbe breton. Mais il s’agit bien de proverbes, le jour du Tantad !…

— Puis, m’explique Parkik, soyez sûr qu’au fond les paysans lésés ne sont pas aussi fâchés qu’ils en ont l’air. Ils ne sont pas nés de ce matin. Lorsqu’ils ont semé, à l’automne, ils savaient de science certaine que la récolte n’irait point à maturité. S’ils ont semé quand même, c’est qu’il leur plaisait ainsi… Il y a des pertes qui sont des gains… Orges, froments, seigles saccagés, tout cela, monsieur, c’est Lôd an Tân (la part du Feu) ! Et l’offrande qu’on fait au feu, le feu la rembourse au centuple.

— Alors, ces malheureux qui se plaignent seraient plus malheureux encore si les fidèles du Tantad ne leur donnaient pas sujet de se plaindre ?

— Comme vous dites. La preuve, c’est qu’il n’y a pas dans la paroisse de fermiers plus prospères.

D’aucuns ne s’en remettent pourtant pas exclusivement à la « bénédiction du Feu » du soin de les rémunérer. Car, tandis que nous achevons de nous hisser sur la lisière d’un champ d’avoine formant terrasse, des paroles aigres s’échangent près de nous entre une femme aux allures de mégère et des pèlerins déjà installés.

— Je vous dis que c’est un sou par place ! hurle-t-elle.