— Depuis que je me connais, je n’en ai entendu mentionner qu’un seul et, s’il se produisit, ce fut par la permission de saint Jean.

— Ah ?

— Oui, un bourgeois de la ville, un mécréant, était venu comme ça en partie de plaisir, pour faire son monsieur et pour se gausser. « Sont-ils brutes, ces gens-là, disait-il, de tirer un feu d’artifices à cinq heures du soir, au mois de juin, en plein soleil ! » Il n’avait pas fini, qu’une baguette lui crevait l’œil. Sa moquerie s’acheva en un beuglement affolé. La punition était rude. Mais voilà ! le Feu est comme la Terre : il est trop vieux pour souffrir qu’on lui manque de respect.

Il s’est fait un calme relatif. Les prêtres ont pris place sur les degrés du calvaire et les oriflammes ont été momentanément mises à l’abri dans une cour de ferme. Seule, la maîtresse-bannière de Saint-Jean demeure debout en face du Tantad. Sur un signe du « recteur », Landouar, le petit athlète au torse noueux et tout en râble, l’élève et l’abaisse par trois fois.

— C’est le signal ! — m’avertit Parkik à mi-voix, comme s’il parlait dans une église.

La foule elle-même s’est tue. Tous les regards sont dirigés vers la galerie de la tour où s’agitent de minuscules formes humaines dans l’ardeur des derniers préparatifs. Il s’écoule quatre ou cinq minutes solennelles. Les visages se tendent, avides, presque anxieux. Enfin, la corde tressaute. Et, avec le fracas d’une décharge de mousqueterie, le « Dragon » s’élance, en oscillant… Les vœux que l’on fait durant qu’il franchit les airs sont, paraît-il, sûrs d’être exaucés, à la condition, toutefois, qu’il vole d’un trait jusqu’au but. Car il arrive qu’il reste en détresse ou même qu’il rebrousse chemin. Les gens préposés à sa manœuvre racontent qu’il a son humeur et ses caprices : précisément, le voici qui feint de se ralentir. Déjà des bouches désappointées murmurent :

— Pas de chance ! C’est raté !

Mais non. Ce n’était qu’une fausse alerte. Les souhaits conçus seront valables. Il a victorieusement accompli son trajet aérien et planté sa morsure dévorante au flanc du bûcher… Un crépitement léger, quelques fumerolles, — et, d’un essor brusque, la flamme bondit, monte, se propage.

— An Tân ! An Tân ![59]

[59] Le Feu ! Le Feu !