— Tu me manquais trop à la fin. J’ai précipité mon départ. Je comptais d’abord t’envoyer une dépêche ; mais j’ai préféré te surprendre. N’est-ce pas que j’ai bien fait ?… A Quimper, j’ai gagé le voiturin qui nous transporta l’hiver dernier, nous et nos meubles. Seulement, cette fois, ce pays du Cap, ce pays si triste, tu te rappelles, j’y suis rentrée comme en un jardin terrestre. N’étais-tu pas au bout de la route !… Comme il fait bon ici !… Et quelle arrivée joyeuse au bruit des chansons !…
Je l’écoutais avidement, et mes yeux la buvaient toute, à longs traits, comme un filtre de magie, un puissant élixir de vie, d’amour et de volupté. Elle me revenait parée de je ne sais quelle séduction plus chaude, avec une lumière, dans le regard, qui avait quelque chose tout ensemble d’orageux et de languissant. On eût dit de ces flammes lourdes, énervantes, qui traversent parfois, en haleines de feu, nos ciels de juillet…
— … A propos, lui demandai-je dans la soirée, et ce Trégorrois, cet Hervé Louarn ?
— Ah ! oui, fit-elle, je ne t’ai pas encore remercié pour lui.
Elle me tendit ses lèvres ; et ses prunelles élargies se voilèrent comme d’une brume de songe sous les paupières qui battaient.
VI
26 avril.
Le destin a vraiment des rencontres singulières, mon ingénieur. C’était aussi un 26 avril, il y a juste un an, jour pour jour… J’avais quitté le service vers les cinq heures et j’étais débarqué à Beztré par une jolie fin d’après-midi, sous un ciel de fête, un couchant merveilleux, tout lambrissé de pourpre et d’or. Adèle avait eu la gentillesse — dont elle m’avait depuis longtemps sevré — de sortir au-devant de moi. Elle était gaie, d’une gaieté de lutin, et coquettement attifée, comme pour un voyage à la ville. Je lui en fis la remarque.
— C’est en l’honneur de la saison neuve, me dit-elle.
Puis, me prenant la main :