Les avirons en argent.

et je lançais à tue-tête le refrain :

Ma brunette, allons ! gai ! gai !…

quand une ravissante voix féminine, au dehors, termina :

Ma mie, allons, gaiement !

Le ciel se fût ouvert, laissant échapper toutes ses harmonies, que je n’eusse point éprouvé, je crois, un saisissement plus fort. J’étais à quatre pattes sur le parquet ruisselant et dans l’accoutrement que vous savez. Paralysé par l’émotion, c’est à peine si je réussis à me relever sur les genoux.

— Toi ? m’écriai-je, c’est toi ?

J’avais croisé les mains dans un geste d’adoration, ainsi qu’on voit faire dans les tableaux d’église aux saints à qui la Vierge vient d’apparaître tout à coup. Elle, debout dans le cadre de la porte, souriait ; puis, ramenant ses jupes, par crainte de les salir, elle s’avança vers moi sur la pointe des pieds. Et vraiment, sa démarche avait quelque chose de si léger, de si aérien, que je tremblai de la voir s’évanouir en un clin d’œil, comme une figure de rêve, en effet, comme une apparition. Sa parole seule me rassura.

— Attends, dit-elle, que je t’éponge.

Je voulus protester, mais déjà elle s’était emparée d’un linge et m’en frictionnait. Oh ! la subtile et fluide caresse de ses doigts délicats ! Jamais encore elle n’avait eu pour moi de ces menues attentions. Jamais non plus, à son contact, je n’avais frémi d’un pareil trouble… Tout en étanchant l’eau qui s’égouttait de mes membres, mêlée à la sueur, elle poursuivit, en phrases brèves, haletantes, où vibrait une ardeur inaccoutumée :