— Madame la cheffesse était aussi fraîche qu’une églantine de mai, cette après-midi, lorsque je suis sortie de la caserne.

Il me sembla que chacun de ses mots coulait en moi comme une rosée rafraîchissante, et à ce moment-là, oui, je crois que, pour le soulagement qu’elles venaient de me donner, j’aurais été capable de baiser ses lèvres.

Elle, cependant, avait repris :

— Vous plaît-il, monsieur Dénès, que nous fassions ensemble un bout de trajet ?

— Comment donc ! déclarai-je, tout ce que vous voudrez, madame Thumette.

Je buvais avidement l’air de la hauteur ; des aromes subtils de thym et de lavande me chatouillaient délicieusement les narines. Mes appréhensions étaient calmées ; plus rien ne me pressait maintenant : j’attendais sans impatience que l’Ilienne s’expliquât, tout disposé, d’ailleurs, à lui être agréable, si, comme j’en étais convaincu, elle avait quelque service à me demander. Nous cheminâmes assez longtemps en silence. On ne rencontre dans cette partie de la lande qu’un logis humain : la chaumière de Ty-Map-Fourmant. La vieille filandière qui l’habite était en train de donner à manger à son porc ; elle nous dit, en manière de salut :

— Un beau soir, n’est-ce pas, chrétiens ?

Nous répondîmes en chœur :

— Un beau soir, en vérité.

Un peu plus loin, sur la gauche, est la croix du Laz, ainsi nommée parce qu’elle fut érigée dans ces parages solitaires en souvenir d’un meurtre. L’usage veut qu’on n’y passe point sans ramasser dans la sente schisteuse un caillou que l’on jette ensuite au pied du socle. Il y en aurait tout un monceau sous lequel la croix elle-même ne tarderait pas à disparaître, si les eaux d’hiver, d’une année à l’autre, ne se chargeaient de déblayer le terrain. Thumette Chevanton, le rite accompli, marmonna une courte prière, se signa ; puis, ayant craché dans la paume de sa main droite, leva le bras vers le ciel, selon l’habitude bretonne quand on est pour faire un grand serment.