— Et puis, quoi ! reprit-elle, ne cherchiez-vous pas un témoignage ! Vous n’en pouviez souhaiter aucun qui fût plus certain, s’il est vrai, comme on dit, que les bêtes ignorent le mensonge… D’ailleurs, patientez, monsieur Dénès : il y a mieux.

Elle lâcha mon bras, qu’elle avait saisi, posa le fanal sur la planchette de la cheminée et fit jouer le pêne d’une armoire d’attache scellée dans le mur.

— Ne vous déplaise, chef, reconnaissez-vous ceci ?

Elle déployait devant moi une espèce de longue blouse blanche, en surah des Indes, que j’avais achetée dans un bazar de Smyrne, l’année de nos épousailles. Adèle, en la recevant, avait déclaré : « Je veux que ce soit ma chemise de noces. » Le lendemain de la première nuit, elle l’avait lavée, repassée de ses propres mains et l’avait enfermée dans un tiroir secret, après m’avoir fait jurer de l’en revêtir sur son lit de mort, si elle me précédait dans la tombe. « Jusque-là, qu’elle dorme loin de tout regard, au fond de cette commode, avec le souvenir de ma virginité ! »

Et voici qu’on me l’exhibait tout à coup, profanée par l’adultère, fripée en de sales étreintes, devenue la parure sacrilège de l’impudicité ! Instinctivement, je me voilai du coude le visage ; j’étais blême de douleur et de honte, comme si, cet opprobre, c’était moi qui l’eusse commis, et que j’eusse moi-même livré les mystères de la vie conjugale en pâture à la curiosité publique. La Chevanton répétait, implacable, en secouant le tissu accusateur :

— Le reconnaissez-vous ?

Et, comme je demeurais planté devant elle, la gorge serrée, sans répondre :

— Il ne faut pas qu’il vous reste le plus léger doute, monsieur Dénès… Allons ! Voyez, touchez, sentez !…

Je l’écartai d’un mouvement si brutal qu’elle faillit choir à la renverse sur l’ara qui, ne comprenant rien à cette scène insolite, était descendu de ses barreaux et rôdait dans nos jambes en hurlant d’une voix exaspérée des :

— Paix, cocotte ! Paix !