Les démons du Raz ! Je crus, en vérité, sentir sur ma face leur souffle de mort, lorsque, l’Ilienne ayant ouvert avec précaution la poterne de la tour, je m’engouffrai derrière elle dans l’escalier, que les vacillements de son fanal peuplaient de grimaçantes figures d’ombre, comme si toutes les furies des ténèbres, accroupies de marche en marche, se fussent levées à son approche, pour lui faire honneur.
Nous montâmes jusqu’au deuxième étage, dans un silence sépulcral.
— Maintenant, commanda-t-elle, ne bougez plus. Vous allez entendre !…
Elle entra seule dans la chambre de Louarn, et braqua d’un geste brusque le rayon de sa lanterne sur un des angles de la pièce. Je perçus un froissement de plumes, un battement d’ailes. C’était l’ara qui se réveillait en sursaut. Ébloui par la lumière subite, il se dandina un instant sur son perchoir, roulant vers la Chevanton tantôt l’un, tantôt l’autre de ses yeux d’or démesurément agrandis. Celle-ci, toujours plongée dans l’obscurité, fit semblant d’appeler à voix basse :
— C’est moi, Hervé !
Le perroquet, aussitôt, eut un cri strident, suivi d’une avalanche de mots entrecoupés :
— Hervé, cousked out ? (Hervé, dors-tu ?)… Adèle !… Délaïk !… Délaïk kèz. (Ma petite Adèle ! mon Adèle chérie !)
Incapable d’en écouter davantage, je m’élançai sur l’oiseau. L’Ilienne m’arrêta net.
— Pas de sottises, monsieur Dénès, à moins que vous ne teniez à tout compromettre et à vous faire arracher les prunelles par surcroît.
L’animal s’était, en effet, ramassé sur lui-même, le cou hérissé, le bec en avant, prêt à fondre.