Toute la soirée, je marchai par la ville, au hasard. De temps en temps, je tâtais la poche intérieure de ma veste, pour m’assurer que la précieuse serrure ne s’en était point échappée.
Je passai et repassai ainsi dans les mêmes quartiers jusqu’à dix et douze fois. Toutes les rues semblaient faire exprès de me ramener vers la cathédrale. A la fin, harassé, je décidai d’aller m’asseoir sous le porche. Des mendiantes étaient là, qui jacassaient. Une d’elles, une naine à béquilles, vint à moi en implorant « un petit sou ». Je tirai de mon gousset une pièce blanche. La pauvresse refusait d’en croire ses yeux.
— Quel saint devrai-je invoquer pour vous ? me demanda-t-elle en breton, toute rayonnante.
— L’Ankou[9], ma fille, répondis-je, c’est le seul qui puisse quelque chose en ma faveur.
[9] Personnification masculine de la Mort, chez les Bretons. On le représente armé d’une faux, comme le « Temps » dans les mythologies antiques.
Elle eut quelque tentation de me rendre mon argent. Je l’entendis qui disait aux autres :
— Il a le parler d’un Léonard et pourtant il tient les propos d’un hérétique.
Une des loqueteuses opina :
— C’est peut-être un protestant !
On commençait à me regarder de travers dans le groupe. Je repris mes vagabondages de juif-errant. Sur le trottoir d’une rue déserte, bordée de hautes façades sévères où pas une devanture de magasin ne brillait, un homme qui courait me bouscula. C’était un allumeur de réverbères. Je songeai :