Ah ! quand nous assistions, Louarn et moi, en spectateurs amusés, à ces travaux, nous étions également loin, l’un et l’autre, de nous douter, lui, qu’on préparait son châtiment, moi, qu’on me simplifiait la vengeance.

Comme cela fut simple, en effet !… et pas du tout dramatique, en somme.

Je me vois encore disant à Chevanton, lorsque, Louarn parti sur le Ravitailleur, nous restâmes seuls sur la roche :

— Là, Jérôme ! En haut, maintenant !… Nous avons à faire.

— Hein ?

— Oui, il y a d’abord une serrure neuve à mettre en place… Le dernier modèle à ce qu’il paraît.

— Il faut donc qu’elle invente toujours quelque chose, l’Administration ?

— Patience, camarade ! Il y aura un coup de vin après… Allez quérir les outils à la chambre de garde.

Tandis qu’il montait aux étages supérieurs, nonchalamment, marche à marche, avec son éternel balancement d’ours, je m’arrêtais, moi, sur votre palier, mon ingénieur, et j’introduisais la clef dans votre porte. Mes doigts, je l’avoue, tremblaient un peu. Au moment d’entrer, j’eus même un irrésistible mouvement de recul. Avec ma foi dans Adèle, j’avais perdu toutes mes superstitions, — sauf une : celle de l’autorité. Je dus me faire violence pour franchir votre seuil. Cette chambre, pour moi, c’était, dans le phare, comme qui dirait le Saint des Saints. Mes deux hommes avaient défense expresse de s’y aventurer. Moi seul je cirais le parquet, époussetais les fauteuils, revernissais les boiseries. Vous ne l’aviez jamais occupée, à ma connaissance : votre esprit, néanmoins, l’habitait ; je le sentais là, invisible, mais toujours présent et redoutable…

— Allons ! murmurai-je, je n’ai pas le choix. Il n’y a qu’ici que la chose soit faisable.