Le 1er avril, à l’heure de la mer étale, je sautais du quai d’Audierne sur le pont du Ravitailleur.
— Quelle chance ! s’écria le père Lozac’h qui veillait à l’arrimage, — au moins, nous n’aurons pas à faire relâche dans votre sacré trou de Beztré !
Puis, m’ôtant des mains, pour le loger dans « la chambre », un panier de bouteilles que je venais de prendre chez le négociant :
— Du vin ! et du cacheté, encore ! Fichtre !… il y a donc une noce en perspective au château de Gorlébella ?
— Comme vous dites, patron… Vous en entendrez parler, quelque jour.
XIV
Le grain !… Dix heures au chronomètre. La mer flagellée bondit et se cabre. Tout le Raz est blanc, d’une blancheur livide, comme un mouvant paysage de neige sous la lune. Une crinière d’eau a cinglé la vitre : la lanterne en a frémi jusque dans ses nervures d’acier… Aucun dégât, cependant. Le phare en a vu de plus terribles. Vous rappelez-vous mon rapport sur la tempête du 5 et du 6 décembre, mon ingénieur ? Votre chambre surtout avait souffert. Le vent, l’embrun y avaient fait irruption comme chez eux : ils avaient arraché les boiseries, fourragé le parquet, noyé les meubles, métamorphosé en une loque immonde le portrait de ce bon M. Fresnel… Un peu plus, la tour elle-même était envahie et sans l’aide que me prêta ce débrouillard de Louarn… Oui, enfin ! C’est alors que je vous fis observer que, votre appartement étant, par suite de son orientation ouest, la pièce la plus exposée, il y avait peut-être urgence à ce que l’on modifiât le mode des fermetures.
La semaine d’après, nous arrivait toute une équipe d’artisans, et, conformément à vos ordres :
1o On substituait à la fenêtre primitive un cadre de verre, d’une épaisseur de huit centimètres, assujetti à demeure dans un châssis de métal ;
2o La porte en cœur de chêne était remplacée par une porte en gaïac, blindée de tôle de cuivre, et, pour que nulle force humaine, ni surhumaine, ne la pût soulever de ses gonds, les pommelles destinées à les recevoir étaient entaillées dans la feuillure même des dormants.