Une d’elles, la vieille Tual, que tout le monde appelle «marraine», habite au hameau de Saint-Guennolé, sur un haut promontoire farouche qu’enveloppent, ces temps-ci, d’une perpétuelle fumée d’eau les embruns fouettés du Fromveur.

Je ne m’y rends jamais sans apercevoir, campée debout à l’extrême pointe de la falaise, une noire silhouette d’homme, pareille à quelque gigantesque cormoran, les pans de la veste battant comme des ailes toutes prêtes à s’envoler.

Il m’intrigue à la fin, ce mystérieux personnage, montant je ne sais quelle faction solitaire devant l’abîme. J’ai résolu d’en avoir le cœur net, et, par un sentier glissant, je m’aventure jusqu’à lui. Les coudes en l’air, les mains placées en abat-jour au-dessus des yeux, il fouille d’un regard obstiné la morne étendue mouvante. Il ne m’a pas entendu venir, absorbé qu’il est dans sa contemplation, et aussi à cause des grands fracas sourds du ressac contre l’énorme paroi de pierre.

—Pardon, brave homme...

Il se retourne tout d’une pièce, me dévisage, les sourcils froncés, puis, soulevant son large feutre:

—Faites excuse, dit-il. Vous êtes le monsieur de l’église, n’est-ce pas? Je ne pouvais guère m’attendre à vous rencontrer ici: les îliens eux-mêmes se risquent rarement sur le sommet du Veilgoz.

Moi non plus je ne m’attendais pas à me trouver en présence du vieux Morvarc’h, et j’en demeure d’abord quelque peu décontenancé. Nous nous touchons la main, tristement. Je ne l’ai pas revu depuis la catastrophe. Rien de changé en lui. C’est la même physionomie sèche et grave, la même majesté tranquille. Je lui demande des nouvelles de Marie-Ange; il me répond d’un ton calme:

—Je pense qu’elle va aussi bien que possible, quoique les femmes, vous savez... Le recteur va tous les jours lui faire visite. En de telles occurrences, il n’y a que la religion...

—Et vous, Paôl-Vraz?

—Moi, vous voyez, je guette... Je guette le corps de mon fils.